Facel II de Facel Vega, la dernière ambassadrice du luxe à la française

Facel Vega, la dernière tentatives du luxe automobile à la française par Jean Daninos.

Né en 1906, Jean Daninos suit des études d’ingénieur aux Art et Métier et il entre chez Citroën. Il participe, entre autres, au dessin du coupé et cabriolet Traction, mais très vite il confesse s’ennuyer ferme. Daninos a des idées et il a soif d’entreprendre. Il a du bagout, du caractère et il sait convaincre des investisseurs de le suivre et allers chercher des clients. Il crée en 1938 un bureau d’ingénieur conseil pour l’aéronautique qui porte le nom Facel, les initiales de Forges et Atelier de Construction d’Eure-et-Loire.

 Dans ses usines de Dreux et de Courbevoie, il fabrique d’abord des pièces d’avions et se spécialise après guerre dans la sous-traitance automobile en ouvrant une usine d’emboutissage ultra moderne. En 1950, Facel emploie plus de 1500 personnes et emboutit des carrosseries pour Panhard, mais aussi des cabines de tracteur et de Jeep, des coques de scooter. Alors que les grands noms français de l’automobile d’avant-guerre se comportent encore comme des artisans, Facel sait prendre le virage de la modernité avec un outil de fabrication de pointe. Cela lui permet de sous traiter les petites séries pour les grands constructeurs. En 1951, les bureaux Facel dessinent et produisent le coupé Comète pour le compte de Ford France, puis la Simca Sport en 1953, deux voitures remarquées pour la pureté de leurs silhouettes et leurs élégances naturelles face des carrosseries surchargées d’hier. Facel signe aussi la ligne de la Bentley Cresta. La croissance en Occident décolle et l’automobile est en pleine expansion. C’est donc tout naturellement que Jean Daninos à l’idée de créer sa propre marque et c’est son frère, l’écrivain Pierre Daninos, qui lui fait ajouter à Facel le mot Vega du nom d’une des étoiles les plus brillantes du firmament. Un choix opportun, car Facel Vega a dès le départ pour ambition de rivaliser avec le gotha roulant et vise sans complexe les Rolls-Royce, Bentley, Maserati, Cadillac et consorts.

 Jean Daninos souhaite créer des voitures à la fois très luxueuses et très rapides, un cocktail pas si courant. À l’époque, la concurrence proposait soit l’un soit l’autre.  Il faut se souvenir que dans les années 50, les autoroutes sont rares, les lignes aériennes peu développées et le train se traîne. Ainsi, il n’est pas rare pour un riche homme d’affaires de devoir traverser l’Europe en voiture pied au plancher pour se rendre à un rendez-vous d’importance. N’oublions pas non plus que les limitations de vitesse n’existent pas et que rouler vite est un signe de modernité. Il y a donc un besoin pour des voitures puissantes et confortables que Daninos a bien cerné. En toute logique, Daninos souhaite équiper ses futures créations de moteur français mais après avoir fait le tour des motoristes nationaux, il constate que personne ne veut le suivre dans l’aventure. Trop hasardeux, trop cher, trop risqué à concevoir et fabriquer. Il se tourne alors vers l’américain Chrysler qui est disposé à lui vendre un moteur V8 de 4,5 litres développant 180 ch à la fois puissant, fiable et robuste qui équipait alors les modèles deSoto aux USA.

 En octobre 1954, apparaît donc la première Facel Vega, la Vega. Il s’agit d’un très élégant coupé 4 places qui inaugure plusieurs détails de style qui vont rapidement devenir la signature Facel, comme la calandre verticale. Les phares et les antibrouillards sont placés dans un enjoliveur comprenant deux petites grilles de chaque côté. Les feux arrière sont encastrés au sommet des ailes et les sorties d’échappement sont incorporées au pare-chocs arrière. La planche de bord recouverte de cuir assorti à la sellerie comporte une console centrale pour la première fois sur une voiture française. Si la Facel  Vega est hors de prix pour le commun des mortels, la qualité de sa réalisation, le soin  de sa finition et son design tapent dans l’œil des esthètes fortunés internationaux, d’autant que la voiture évolue rapidement et s’améliore sans cesse. Elle gagne en puissance, on passe de 180 à 300 ch, en vitesse de pointe, elle dépasse les 220 km/h, et en 1958 elle prend le nom emblématique de Facel Vega HK500. HK pour Horse Kilo, signifiant que ce coupé offrait rapport poids puissance de 5kg/Ch ce qui était tout simplement l’un des plus puissants de l’époque. Autre signe distinctif qui fait la signature du luxe Facel Vega, des tableaux de bord qui donnent l’illusion du bois mais qui sont en fait en acier peint la main, un travail d’orfèvre qui enchante les connaisseurs.

La Facel Vega HK 500 connaît une très belle reconnaissance internationale. Elle s’écoule à 861 exemplaires jusqu’en 1961 et devient le carrosse de grandes figures de l’époque, telles Ava Gardner ou l’Aga Khan, pour qui rouler français est le comble du chic. En 1962, l’HK 500 devient la Facel II une version encore plus élégante avec ses phares sous globes, et une puissance qui culmine à 390 ch pour 240 km/h en pointe. La Facel 2 rivalise avec la Bentley Continental R ce qui se fait de mieux à l’époque en matière de grand tourisme d’exception. Mais cette réussite n’impressionne pas vraiment les élites françaises. Daninos rêve pourtant d’une reconnaissance du pouvoir. Il lance l’Excellence en 1958, une limousine quatre portes imaginée pour véhiculer nos ambassadeurs, et pourquoi pas la présidence. Mais L’excellence n’entrera jamais à l’Élysée. Trop voyante, trop chère, elle vaut le prix de quatre DS, doté d’un moteur américain, ce qui est jugé anti patriotique, la Facel Vega Excellence n’a pas sa place dans la France Gaullienne.

 En industrielle pragmatique, Jean Daninos sait aussi qu’il a besoin d’un modèle plus accessible que la HK500 pour faire tourner son usine et accroître ses parts de marché. Il développe donc la Facelia, une sorte de HK 500 en miniature, qui sera dévoilée en 1959  en coupé puis déclinée par la suite en cabriolet. Daninos a conscience que certains acheteurs sont réticents face à la présence d’un moteur américain. Comme il s’agit d’une voiture plus abordable, il équipe la Facelia d’un 4 cylindres de 1600 cm3, un petit moteur français fabriqué par Pont-à-Mousson qui lui permet de filer à 180 km/h. La Facelia est fort bien accueilli, elle bénéficie de l’image splendide de sa grande sœur, tout en étant moins chère. Elle se place en concurrente des petits roadsters anglais qui plaisent tant.

La Facelia chauffe

Hélas, le moteur Pont-à Mousson a un défaut de conception, il chauffe subitement, ce qui entraîne sa casse brutale, immobilisant les voitures. Facel Vega doit remplacer tous les moteurs sous garantie ce qui plombe sa trésorerie et surtout ternit son image de fiabilité. Malgré le remplacement du moteur original Pont-à-Mousson par un 1800 cm3 d’origine Volvo plus fiable et le changement de nom de Facelia en Facel III, le mal est fait. Faute de liquidité financière, Daninos doit se battre pour maintenir la société à flot et, malgré des ventes encourageantes de la Facel III fiabilisée, il doit emprunter, notamment à l’État français, plus d’un milliard de francs de l’époque et laisser le contrôle à un nouvel actionnaire, Sferma, une filiale de Sud Aviation appartenant à l’état. Daninos espère encore obtenir le soutien d’un constructeur étranger pour relancer la machine, mais, las, l’état, par l’intermédiaire du Ministre des Finances Valéry Giscard D’Estaing, ordonne la liquidation de l’entreprise le 31 octobre 1964. Un peu plus de 3000 Facel Vega ont été produite en dix ans.

L’échec de Facel Vega peut être vu comme une simple faillite économique de la vie des affaires, mais il inscrit dans l’inconscient du pouvoir en place qu’une marque de luxe automobile n’a pas sa place en France. L’ironie de l’histoire est qu’aujourd’hui Facel Vega est une adulé par tous les amateurs et les collectionneurs du monde entier et qu’on la compare volontiers à Aston Martin français ; On s’arrache les modèles à prix d’or.  Dans les ventes aux enchères, une HK500  frôle les 450 000 euros…

L’avis des Petits Observateurs !

4 commentaires au sujet de « Facel II de Facel Vega, la dernière ambassadrice du luxe à la française »

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  1. Theodoric

    C’était la voiture des Gallimard, dans laquelle Albert Camus a disparu en janvier 1960 en revenant vers Paris. magnifique, mais n’y avait-il pas un problème de freins trop légers ?

    Répondre
    1. Imbert Max

      Bonjour !
      Non monsieur ! La Facel 2 n’a jamais été équipée d’un ……..6 cylindres . C’est la Facel 6 qui était équipée du 6 cylindres de l’Austin Healey 100/6 (2912 cm3) 17 cv fiscaux…….mais avec

      un alésage revu à la baisse pour ramener la cylindrée à 2852 cm3 et ainsi la faire passer à 16 chevaux fiscaux afin d’ échapper à la « super vignette » .
      Un peu plus d’exactitude dans les vidéos serait bienvenue . Expliquer pourquoi le moteur de la « Facellia » chauffait aurait été apprécié par les non initiés …… Merci !