Rendez-vous en Ferrari Daytona !

Rencontre avec Jean, un vieux camarade d’école pas revu depuis dix ans. Ca va toi ? On parle de voitures et évidemment de sa Ferrari Daytona qu’il possède depuis quelques années. Et, si on allait lui dégourdir les jantes ? Par Patrice Vergès.

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 La GTB/4 mesurait 4,42 m de long pour seulement 1,24 m de haut

Dès 5000 tours, le cri des 12 cylindres gavés par les six carburateurs se fait très présent aux oreilles. Les  quatre généreuses sorties d’échappement lâchent un feulement épais qui s’éclaircit au fur et à  mesure que l’aiguille du  gros compte-tours monte. Le paysage s’accélère. Une Daytona marche encore fort. Fin 1968, c’était la voiture la plus rapide du monde avec 280 km/h chrono et 24, 5 secondes au 1000 mètres ! Si rapide qu’en 1968 Ferrari dut demander  à Michelin des enveloppes spécifiques car elle explosait ses pneumatiques à hautes vitesses, ce qui avait coûté la vie à l’ingénieur qui l’avait conçue.

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Proue  qui n’en finit pas, poupe râblée, la Daytona respire encore l’agressivité

Mon ami Etienne Moity, ancien rédacteur en chef d’Autohebo, se souvient l’avoir chronométrée à 278 km/h  en 1971 sur l’autoroute de Rouen. Il se rappelle qu’elle tenait fort bien son cap à cette allure alors qu’il ne fallait pas beaucoup s’aimer pour rouler à cette vitesse avec une Lambo Miura ou surtout une Maserati Bora.

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 Les quatre sorties d’échappement lâchent une musique forte mais merveilleuse

Cuir, essence, huile

L’habitacle exhale une odeur intime de cuir, d’huile chaude et d’essence. Cette Ferrari  fabriquée en 1972  ne totalise que 105 000 km d’origine. « Le moteur n’a jamais été refait » précise Jean « Il est en pleine forme et la pression d’huile monte à 6 bars ». Dans un long rugissement, la Daytona se tasse sur ses maigres pneus arrière (215/15), cabrant son interminable capot profilé vers le ciel. Le concert des  12 pistons monte crescendo. La voiture rouge oublie quelques voitures modernes à l’accélération mais pas au freinage qui, malgré quatre énormes disques ventilés à quatre pistons, est devenu mauvais. Très mauvais. Il était déjà médiocre il y a 40 ans, incapable d’arrêter les 1700 kilos en ordre de marche de ce bolide.

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Volant trop incliné, dossier trop vertical, l’odeur du cuir, de l’huile, de l’essence, c’est la Daytona

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La planche de bord  accueillait 8  compteurs. Le pommeau de vitesses en alu n’est pas d’origine

Au chapitre des défauts, on retrouve cette mauvaise position de conduite né au volant trop incliné lié à un dossier trop bas avec en prime, une visibilité moyenne. On s’arrête pour faire quelques photos. Pas facile car la voiture suscite des ralentissements. Il faut dire qu’à l’arrêt, elle  suinte déjà la puissance. Un capot qui n’en finit pas, un arrière râblé et tronqué d’où s’évadent les sorties d’échappement, des flancs massifs critiqués à l’époque. Aujourd’hui, on parle simplement de chef-d’œuvre esthétique car le temps est un grand juge. Le dessin du pavillon tout en pente douce, le galbe de la custode, les poignées de porte noyées dans la baguette chromée, le becquet de capot protégeant les essuies glace, sont de véritable sculptures au sein d’une autre sculpture signée Pininfarina.

12 cylindres, six carburateurs, 352 ch

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Le gros 12 cylindres de 4,4 l alimenté par six imposant Weber de 40 délivrait 352 ch. La consommation est à la hauteur (18 à 30 litres)

On soulève le  capot où se cache l’âme de la voiture. Un 4,4 l qui lui a donné son sigle car vous n’ignorez pas, lecteurs pointus de POA, que 365 indique la cylindrée unitaire de chaque piston. Je ne vous fais pas non plus l’affront de vous demander pourquoi elle s’appelle Daytona, hommage à la victoire de la sublissime P4 sur ce même circuit en 1967. La GTB/4 est la dernière Ferrari à moteur avant, technique jugée démodée en 1968 alors que Ferrari y est revenu, aujourd’hui, il faut le remarquer. Pour offrir un rapport des masses parfait, la boîte à 5 rapports avait été reculée à l’arrière prés du pont.

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 Non ce n’est pas John Wayne ressuscité, c’est Jean Oziol passionné par la Coupe Gordon Bennett dont il possède de nombreuses pièces exceptionnelles

La 365/GTB4 est pesante à conduire ; de par son surpoids, sa direction à vis à galets pas assistée et assez directe, sa boîte ferme, son train avant paresseux. C’est le plus merveilleux camion du monde ! On se demande comment faisaient ses pilotes pour aller vite avec, car elle a connu une très belle carrière sportive. Je  fréquentais alors le regretté pilote de Formule 1 Patrick Depailler qui en possédait une d’un superbe gris métallisé. Il m’avait téléphoné, un jour, pour me dire qu’il l’a vendait pour acheter une Dino 2,4 l. Et de m’étonner. Ce qu’il m’avait répondu m’avait  un peu choqué car semblant manquer de modestie. Je sais aujourd’hui qu’il avait raison et c’était la modestie même. Il m’avait répondu « Je crois que nous sommes que quelques personnes au monde  à pouvoir exploiter à fond une Daytona sur la route. Mais, c’est trop épuisant à conduire. » Il m’a avoué un peu plus tard, qu’il faisait de bien meilleures moyennes avec sa petite Dino bleue qu’avec sa grosse Daytona grise. On le comprend quand on sait qu’il n’avait  pas peur de prendre 280 compteur sur les nationales.

Combien ca coûte ?

Une belle Daytona restaurée coûte de 200 à 300 000 euros aujourd’hui. Mon copain Jean qui ne cache rien aux lecteurs de POA l’a payée 103 000 euros il y a 11 ans ce qui correspond à moins de 140 000 euros actuels environ. Une somme pas exagérée pour une voiture aussi mythique par rapport à certaines Porsche bien moins emblématiques. Il a effectué quelques petites réparations et l’entretient lui même en se fournissant auprès des fournisseurs de pièces de chez Ferrari (plaquettes, amortisseurs, embrayage) bien moins chers.

En 1995, avec 79 000 km,  son précédent propriétaire l’avait payée bien davantage. Mais loin du record de la folie spéculative des années 90 où ce modèle restauré se vendait près de 3 millions de francs, soit près de 750 000 euros actuels. Il faut rappeler qu’en 1972, cette voiture coûtait une petite fortune (120 000 francs) qui correspondant à plus de 220 000 euros soit sensiblement le tarif d’une  Ferrari F12. Une Ferrari a toujours valu cher mais il faut  préciser que les Daytona étaient pratiquement construites à la main chez Scaglietti

Jean s’en fiche car ne veut pas la vendre. Il ne vend jamais ses voitures comme un autre de mes amis qui a conservé tous ses véhicules depuis ses 18 ans. C’est pour une prochaine fois ici-même et pas dans dix ans. Même jour, même heure, même pommes…….

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 Remarquez les poignées de porte noyées dans la feuillure.

 

 

 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

11 commentaires au sujet de « Rendez-vous en Ferrari Daytona ! »

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    1. Thomas klees

      Bonjour Madame bequet, j ai connu Jean en 1987. j ai passe deux ans avec lui et je l´ai perdu pour und faute de moi. Ca je regrette depuis 30 annees. S il vous plait , dites moi, il est bien et avec bonne sant‘e. Ca minteresse
      Depuis 30 annees. Mon nom est thomas klees et je suis alemand. Telefon: 00491603753700. peutetre il Me rapelle, que je peux dire pardon moi-meme. Cest mon souhait plus grande dans ma vie. Merci beaucoup pour Votre Engagement. Beaucoup de saludation et excusez-moi mes fautes. Thomas

  1. papa m' a dit

    une des plus belles ferrari en y ajoutant la 512 bb, la 308 et meme la mondial commence a avoir du charme.
    ah, sans oublier la 400 i.
    je ne metrais pas la testarossa dans le lot .

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  2. VILLON

    Sur une des photos, il ne s’agit sans doute pas (ou alors la ressemblance est stupéfiante) de  »Jean Oziol », mais de Jean Becquet grand amateur et collectionneur de Ferrari, mais aussi Lanborghini… mort en 2004

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  3. Philippe

    Superbe voiture, elle me rappelle une anecdote d’une connaissance qui acheta sa Daytona le lendemain de l’élection de François Mitterand, histoire d’emmerder tout son voisinage qui votait rose. Les jours suivants l’élection, il se balada dans sa campagne faisant bien hurler le V12 afin qu’on entende bien ce salaud de capitaliste. L’âge venant, au début des années 2000, il revendit l’engin 10 fois le prix qu’il l’acheta, soit 800.000 Francs. Au début des années 80, ça ne valait pas tripette ces engins. La voiture totalisait 80.000km et affichait une fraicheur insolente, seulement deux propriétaires. Je me rappelle avoir démarré la Daytona alors qu’elle attendait preneur dans le garage d’un copain qui l’avait en dépôt vente, des frissons me parcoururent l’échine, un seul mot, magique. Aujourd’hui il m’arrive de prendre le volant de la 458 d’un parent, je baille, trop artificiel, pas de couple, aucune classe, aucun intérêt si ce n’est faire vendre du papier ou se pavaner. Pour certains, la Daytona est la dernière vraie Ferrari, les autres sont des FIAT. Avec l’âge, je commence à me ranger à leur avis. Je deviens un vieux con ou alors la sagesse m’atteint …. enfin. Surement les deux.

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  4. JM Manusardi

    Ah !!! La 365 GTB/4 ! Ma première grande émotion sportive ! C’était aux 24 heures du Mans de 1972… Le NART de Luigi Chinetti en avait aligné une palanquée, au moins six, dont l’une était conduite par le fils de Chinetti (lui même vainqueur des éditions de 32 avec Sommer, 34 avec Etancelin et 49 sur Ferrari avec Selsdon). Je précise qu’outre ces fantastiques Daytona, il y a vait une 245 GT Dino et … une chevrolet Corvette !

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    1. Frédéric à Montréal

      En effet, merci pour cette excellente présentation. Bravo au propriétaire, une voiture extraordinaire! Curieux l’insigne du cheval cabré sur les ailes, qui me semble plus à la mode ostentatoire des Ferrari modernes. Incroyables fluctuations de la valeur de la voiture.