Lancia Thema 2012, le grand virage

Carte Blanche à :
Jean Marc Manusardi, journaliste à Kilomètre Entreprise
Toute marque voulant survivre doit avoir le sens de l’Histoire. C’est ainsi que l’alliance de Fiat avec Chrysler a permis de redéfinir la place de Lancia dans le marketing du groupe, autant que sa place sur le marché. La Thema et le Voyager sont les premières expressions de ce nouveau pari.

“It’s a collection of the best components you can find : it’s a global car ”, nous annonce Saad Chehab, responsable des marques Chrysler et Lancia pour le monde : oui, la Thema se veut une synthèse technique de ce que l’Américain et l’Italien peuvent avancer de plus performant sur un segment différemment défini selon les continents où elle sera vendue. C’est là le défi d’un véhicule “global”, mais c’est aussi sa plus grande faiblesse : à vouloir séduire partout, on risque de ne plaire nulle part. Pourtant, l’équation présentée sous les traits de la Thema ne démérite pas. Ainsi, ceux qui recherchent un rapport prix/prestations performant auront tout intérêt à faire entrer cette berline tri-corps dans leur champs d’investigation. Toutefois, outre la parenté génétique visible avec la Chrysler 300, l’obstacle d’une TVS bien trop élevée risque fort de fermer les portes de l’entreprise à cette “brand new Thema ”.


Funambulisme esthétique et comptable

Les puristes et autres fanatiques de Lancia peuvent porter un crêpe noir. Les rondeurs sensuelles des dernières turinoises disparaissent avec cette Thema directement inspirée du style d’outre-Atlantique. De fait, on peut regretter son trop proche cousinage avec la Chrysler 300, particulièrement évident sur la face arrière, d’autant qu’elle a été associée à la nouvelle plateforme LX conçue par le constructeur américain. Plus pragmatiquement, on remarque que le profil a été redessiné, avec des vitres plus hautes pour faire oublier le côté “bad boy” de l’aînée, tandis que la face avant adopte des standards stylistiques plutôt européens. Rejoignant les cotes des classiques de son segment, la Thema présente des qualités esthétiques susceptibles de plaire à ceux qui souhaite marquer une rupture avec l’éternel triptyque d’outre-Rhin. 


Certes, il y a bien cette question “identitaire”, mais on retiendra qu’à prestations comparables, la Lancia dotée du 3.0 Multijet II V6 de 190 ch en version Platinium se vend environ 10 000 euros de moins qu’une Audi A6 S Line équipée du V6 3.0 TDI de 204 ch, elle aussi en boîte automatique… C’est toutefois au chapitre de la TVS que l’enthousiasme se pondère avec 685 €/an pour 137g/km de CO2 à l’Audi, versus 2775 €/an pour 185 g/km à la Lancia. Sur une durée de détention moyenne de 4 ans sur le segment, l’affaire est moins sexy que prévu, d’autant qu’il faut aussi minorer la valeur résiduelle. Ça n’est donc pas par hasard que Lancia ne prévoit que 20 % de ventes aux entreprises et 20 % aux professions libérales.



Un bon produit

Disons-le, la Thema est un produit tout à fait digne d’intérêt. Au plan dynamique d’abord, avec deux versions diesel exclusives de 190 et 239 ch, coupleux et peu bruyants, une boîte automatique à 5 rapports qui sera bientôt remplacée par une version à 8 vitesses, le modèle amiral de la flotte Lancia est une routière vive et amusante à conduire (on apprécie la direction à assistance variable), même s’il convient de savoir gérer, sur route mouillée et dégradée, le surplus de puissance délivré par un vigoureux kick-down aux roues arrière. Les deux tonnes de la berline bénéficient d’une suspension bien gérée et d’un amortissement suffisamment ferme pour éviter les écarts intempestifs. À bord, on remarque le travail réussi des designers qui sont parvenus à recréer l’ambiance à la fois sobre et qualitative des habitacles Lancia. 


Ergonomie, confort d’assise, réglages des sièges et du pédalier, qualité des matériaux (Poltrona Frau) et de l’assemblage, espace aux jambes et aux épaules pour les passagers arrière, grand écran tactile et équipement de communication complet : on peut envisager sereinement de longs déplacements à bord d’une berline proposant, en outre, un coffre d’une contenance de 462 litres. C’est cependant dans le domaine des équipements de sécurité active que cette Thema, par delà les habituels systèmes comme l’ABS ou l’ESC, se distingue : assistances multiples au freinage, contrôle et gestion de la vitesse et des distances de sécurité, assistance au stationnement, détection et alerte sur l’angle mort, éclairage adaptatif, etc.


Parce qu’elle se veut de classe mondiale, cette Thema s’est pourvue d’atouts sérieux lui permettant – surtout sur le marché des particuliers – de rivaliser avec des concurrentes qui font parfois fort cher leur logo.

Jean Marc Manusardi

Petites Observations Automobile – juillet 2012

L’avis des Petits Observateurs !

3 commentaires au sujet de « Lancia Thema 2012, le grand virage »

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  1. Patrick

    Merci pour cette analyse pertinente. Cela me permet d’en connaitre davantage sur cette alliance, ainsi que des produits qui en découlent.

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  2. Anonymous

    Belle petite observation automobile sur la Thema ! Quelqu’un connaît-il les chiffres de ventes France et Europe ? Et ceux de la 300C aux USA ? CF

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