BMW M1 : premier concept car sur la route

Par Patrice Vergès.  Produite seulement à 455 exemplaires entre 1979 et 1981, la BMW M1 est la plus rare des BMW modernes mais aussi l’une des plus emblématiques. POA vous raconte sa courte mais passionnante vie.

La BMW M1 a été produite à 455 exemplaires (400 en street-version) de 1979 à 1981

En ce petit matin froid, une pluie démoralisante a repeinte de gris la ville rose. Même l’eau du canal du Midi a perdu sa couleur verte. Il pleut aussi dans ma tête. Pas un temps à sortir une BMW M1 fraîchement sortie de restauration de chez Pelras concessionnaire de la marque à Toulouse. Nous devrons donc nous contenter de photos réalisées dans un studio de fortune et de nous asseoir derrière son petit volant et de faire palpiter à l’arrêt les 24 soupapes de son gros 6 cylindres tapi l’arrière. C’est l’jeu, ma pauvre Lucette !

600 000 euros

Ce concessionnaire BMW très actif a ouvert une nouvelle activité appelée Pelras Legend spécialisée dans la vente de voitures d’exception exposées au premier étage. Un rêve éveillé ! Son responsable Jean-Philippe Belmain nous présente cette M1.  » Elle a été immatriculée en France le 27 juin 1979 et n’a que 60 000 km d’origine. Nous avons refait tous les trains roulants, suspension, disques et aussi le moteur Elle est estimée autour de 600 000 euros ! « . Ça calme ! » Excepté l’intérieur qui avoue son âge, la voiture semble sortir d’usine surtout dans son éblouissant orange Imka qui a décoré seulement 98 voitures.

A cause du temps, c’est dans un studio photo de fortune que nous avons pu photographier la M1 qui sortait de restauration ( photo Nicolas Delpierre)

Vue d’arrière, la voiture semble plus bestiale que de l’avant. La visibilité arrière est plus que médiocre avec les persiennes

Pour répondre à la règlementation sportive de la Fisa qui exigea en 1976 qu’une voiture de course silhouette soit dérivée une GT construite à 400 exemplaires, BMW décida de produire une GT sportive pour courir dans cette discipline pour concurrencer Porsche.

La M1 s’inspirait du merveilleux concept-car Turbo de 1972 dessiné par Paul Bracq

Construite dans 4 usines

Inspirée du sculptural concept-car Turbo dessinée en 1972 par le Français Paul Bracq, la M1 était un coupé à moteur central. Pour ce faire, BMW fit appel à la sous-traitance mais cela ne se passa pas bien. Lamborghini qui conçut son châssis tubulaire ne put le réaliser et finalement ces derniers furent sous traités en Italie pour être acheminés en Allemagne chez Baur qui l’assemblait avec la mécanique venue de Munich habillée d’une caisse en composite également arrivée d’Italie dessinée par Ital Design (Giugiaro). Enfin, c’est le département Motorsport de BMW qui finalisait le tout. Complexité qui expliqua une fabrication très lente de 1,8 voiture par jour qui retarda son homologation lié à un prix de vente très élevée de 335 000 francs lors de son lancement en avril 1979. Une somme supérieure à celle d’une Ferrari BB512 ou Lamborghini Countach (plus de 250 000 euros actuels) qui ne fut pas étranger à son demi-succès.

Le point fort de la M1 était sa tenue de route bien supérieure à celles des autres GT de son temps

On reprocha en son temps à Ital Design la similitude esthétique de la M1 avec la Lotus Esprit

6 cylindres en position centrale

Esthétiquement, la M1 qui inaugura le sigle M du département Motorsport, semble collée au sol car elle ne mesure qu’un 1,14 m de haut contre 1,83 m de large. Pas facile de se glisser à l’intérieur surtout que le siège ne recule pas suffisamment pour mon gabarit. Il est vrai qu’une grande partie de l’habitacle plutôt spartiate est accaparé par le long 6 cylindres en ligne de 3,5 l de cylindrée installé en position centrale.

La mécanique est montée en position centrale dans l’habitacle. On distingue les 6 larges tubulures d’échappement

Le 3,5 l 6 cylindres 24 soupapes vu du coté injection Kugelfischer mécanique a été entièrement reconditionné.

 

C’était le moteur du récent coupé 635 qui se différenciait par sa fameuse culasse M Power à 4 soupapes par cylindre et double arbre à cames. Retravaillé, alimenté par une injection mécanique, lubrifié par un carter sec d’huile, il délivrait 277 ch contre 211 sur la 635. En course en Groupe 4 ou en ProCar, il grimpait à 475 ch et même plus de 700 avec un turbocompresseur lorsque la M1 non homologuée courut en prototype.

Je ne vous parle pas de sa sonorité ouatée et épaisse lâchées par les deux sorties d’échappement dont les notes se colorent d’aigu à mesure qu’on monte dans les tours minutes. Il est accouplé à une boîte ZF à 5 rapports dont la pédale d’embrayage ne m’a pas paru particulièrement tendre pour mon 45 fillette. Engagée en régularité, cette voiture sera pilotée au prochain Tour de France Auto Historique par Patrick Lucas qui la connait bien. Il a conduit toutes les BMW puisqu’il a passé 40 ans chez BMW France avant de créer sa boîte de consultant en relations presse. Il fera équipe avec Dominique Chapatte de Turbo sur M6 qui consacrera dans son émission à un large sujet à cette voiture d’exception. Mon observation notant qu’elle se mouillera certainement lors du Tour Auto, ne changea rien à la résolution de ne pas la sortir… .

À gauche le pilote Patrick Lucas aura comme coéquipier Dominique Chapatte de Turbo qui proposera un long sujet sur le Tour Auto dans sa célèbre émission.

Spectaculaires ProCar

Joseph Neerpasch le directeur de BMW Motorsport se rendant compte que la M1 serait homologuée trop tard avait concocté avec la Fisa des courses réservées qu’à cette voiture. Une sorte de super coupe Gordini des M1 disputée par les pilotes de Formule 1 à la veille des Grand Prix avec une grille de départ réalisée en fonction de leur temps de qualification en F1. Quel spectacle ! Méchamment préparées (train roulant très élargi, gigantesque aileron et 470 ch à 9000 tr/mn sous le capot) les M1 ProCar se caractérisant par leur bruit digne d’un V12, s’opposaient dans des courses spectaculaires. C’est Niki Lauda qui s’imposa en 1979 suivi de Nelson Piquet l’année suivante. On se souvient aussi qu’une M1 fut engagée dans le championnat du France des rallyes au début des années 80 pilotée par Bernard Darniche et Bernard Beguin. Mais sans grand résultat car c’était plus une pistarde qu’une voiture faites pour les petites routes du Tour de Corse.

L’intérieur est assez spartiate. Le gros passage de roue impose une position de conduite décalée

L’original dessin des jantes favorisait l’aérodynamique. Il s’agissait de 16 pouces seulement chaussées de 205 à l’avant et 225 à l’arrière !

Une tenue de route extraordinaire

Malgré une puissance inférieure à celles ses concurrentes, une M1 marchait très fort (262 km/h) accélérait tout autant (25,7 s aux 1000 m) et surtout tenait formidablement bien par terre. C’était sa principale qualité. Grâce à un rapport des masses quasi parfait, des suspensions triangulées sophistiquées, une direction (pas assistée) très précise, un freinage puissant et une excellente tenue de cap, tous ceux qui l’on conduite on été sidérés par ses qualités dynamiques. L’essayeur vedette de Sport Auto, le regretté José Rosinski avait été enthousiasmé par son comportement routier digne d’un sport-prototype

La largeur de 1,83 m opposée au 1,14 m de haut favorisait un excellent centre de gravité en lui donnant beaucoup d’agressivité

Ses prix qui avaient beaucoup monté surtout sur les versions Groupe 4 dérivés des 40 ProCar 470 ch (900 000 dollars) se sont un peu calmés comme beaucoup de voiture de collection dont le mouvement baissier est net. Les acheteurs se laissent de moins en moins bercer d’illusions par des commissaires priseur au verbe emphatique. Bravo à Pelras Legend qui n’a pas peur de faire rouler sa M1 plutôt que de la laisser sous les spots d’un hall d’exposition. Nous reviendrons une prochaine fois à Toulouse l’essayer lorsque le soleil arrosera cette fleur de corail. Promis.

La série Procar opposant les meilleurs pilotes de Formule 1 était très spectaculaire 

La M1 empruntait ses deux rouges à la nouvelle Série 7. Ce fut la première BMW à arborer le signe M pour Motorsport

Pelras Legend n’a pas un BMW M1 mais… deux BMW M1 !

L’avis des Petits Observateurs !

16 commentaires au sujet de « BMW M1 : premier concept car sur la route »

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  1. Pascal DeVillers

    Bonjour,
    Samedi après midi, j’étais sur la portion finale du tour auto 2019 , du coté de Beaumont en auge sur une petite route typique du Pays d’Auge et j’ai pu apprécier en pleine action deux belleS BMW M1 dont celle-ci présentée dans le reportage de Patrice VERGES.
    C’est impréssionnant à voir rouler et à écouter .
    J’ai pensé à POA en la regardant passer .
    Dommage , je ne peux vous joindre les photos prises lors de leur passage .
    J’ai passé une après midi de rêve à voir toutes ces beautés à 4 roues .
    Pascal

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  2. Pierre_

    Le capot qui vient mourir à plat sur la calandre, on perd l’identité de la marque.
    Quant à la ligne de profil de l’auto, il y a un air de déjà vu comme il est dit plus bas.

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  3. Georges Piat

    Ça fait vraiment rêver…
    Et la petite bleu ciel, au fond du show room, taillée pour les 24 h du Mans n’est pas mal non plus !

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    1. PascalDeVillers

      Oh oui !!!
      J’avais remarqué aussi , il me semble que c’est une PORSCHE 90? ….
      J’ai cherché sans trouver le modèle exact.
      Pascal

    2. patrice Vergès

      Devant, c’est une réplique de Porsche 917 à vendre avec un moteur 6 cylindres de 993. Une vraie 917, c’est 15 millions de dollars !

  4. Henri

    Ce qui me frappe c’est l’avant de la M1. Sa calandre avec ses haricots n’a rien à voir avec les modèles actuels qui ont des haricots 5 à 6 fois plus grands !
    Cette calandre est à la fois sportive, élégante et facilement reconnaissable : c’est une BMW !
    Que dire alors des dernières Séries 3, 5, 7 et leur calandre avec des haricots démesurés ?
    On a l’impression que BMW ne réussit plus à renouveler son style et, qu’à défaut, la seule voie possible serait de faire dans l’ostentatoire jusqu’à faire des calandres body-buildées à l’extrême. Etre musclé c’est très sympa mais les excès sont souvent moins élégants, moins attirants.
    La tendance de BMW rappelle celle de Peugeot quand la 308 (1e génération) était presque difforme comparée à la 307, idem en comparant la 207 à la 206. Heureusement Peugeot a su renouveler son style avec succès (308 2e génération, 208 1e et 2e génération).
    J’espère que la M1 inspirera les futures BMW pour revenir à une élégance sportive, racée… tout le contraire des modèles actuels.
    Cheers

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  5. PascalDeVillers

    Bonjour,
    Avant même d’avoir lu l’article de Maitre VERGES, je me suis dit  » Uhmmm , cette BMW à le parfum de l’ITALIE » et je ne me suis pas trompé. ITAL DESIGN et GIUGIARO sont derrière de sublime dessin.
    Pour moi c’est peu être, la plus belle des BMW jamais faite , bien plus belle qu’une LAMBORGHINI COUNTACH.
    Et sous le capot une belle mécanique, quoi demander de plus au bon Dieu!!! même si le style de l’habicacle à pris une claque avec les ans.
    Alors , oui je comprends la frustration de ne pouvoir la sortir et rouler avec .
    Après étant donner le prix de son estimation , je gage que la belle ne mettra pas souvant le bout de son museau dehors à l’avenir hormis le tour auto .
    Merci pour cet article .
    Pascal

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    1. Pascal DeVillers

      Bonsoir,
      Tres bon goût il est vrai que la 507 est très belle , c’est un autre style.
      Moi je ne choisis pas , je prends les deux dans mon garage.
      Juste un détail, avant je vais tout de même passer voir mon banquier pour faire un point sur mes liquidités.
      Pascal
      https://images.app.goo.gl/XDxS6nFnDHrCTgLj6

  6. Serge

    Une voiture extraordinaire. Dommage que la pluie n’ait pas permis de l’essayer. J’ai encore dans ma mémoire le son des version course. C’était démoniaque. Go POA !

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  7. Nabuchodonosor

    Un essai qui tombe à l’eau.
    Comment vous remercier d’avoir malgré tout mouillé le maillot pour nous ?
    Super reportage une fois de plus, Oncle Pat’.
    Nabufan

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    1. Nabuchodonosor

      Un mot sur la tour, siège social de la Bayerische Motoren Werke AG à Munich qui apparait en photo à l’arrière plan du concept-car de Bracq.
      Métaphore architecturale symbolisant un moteur quatre cylindre, on la prénomme Vierzylinder turm (tour quatre cylindre).
      Haute de 101 mètres (22 étages), elle a été érigée en 1972 en bordure de Petuelring sur le site historique de la marque à deux pas du nouveau quartier Olympique (Olympiapark) aménagé en vue de recevoir les J.O d’été de 1972. C’était, sauf erreur, à l’époque le bâtiment le plus haut de Munich.
      Les cylindres en aluminium sont en porte-à-faux. Ils ne reposent pas sur le sol mais sur le noyau central en béton précontraint qui comprend toutes les servitudes verticales (conduites, escaliers, ascenseurs..). Chacun des 18 étages de bureau a été assemblé au sol puis levé hydrauliquement en coulissant sur le noyau central. Technique innovante à l’époque.
      https://www.muenchenarchitektur.com/architektur-highlights/20-gewerbe-und-verwaltungsbauten/20968-bmw-vierzylinder

      Nabupedia

    1. Mat Ador

      Je suis bien d’accord avec vous.
      Pour la peine cela lui fera deux patchs POA Youtube.
      Non mais à l’eau, quoi !