Chrysler Imperial Coupé : Superbe Laideur

Par Patrice Vergès. D’après Stéphane, son Impérial coupé Custom est unique en France sur les 889 produites en 1961 aux USA. POA s’est glissé dans l’habitacle des 576 cm de ce colossal coupé.

Longue de 5,76 m, large de 2,03 m, la Continental de 1961 fut qualifiée être  » d’une superbe laideur « 

La poupe se termine par des nageoires montant brusquement vers le ciel

Vous n’imaginez pas la vision d’une Chrysler Impérial dans la circulation de 2019 et le regard ébahi des badauds face à cet ovni de la route qui avance dans le bougonnement tranquille de son gigantesque V8 de 6,4 l. Ce devait être encore pire en 1961 au milieu des 2 CV et des Dauphine de l’époque.

Imperial était la marque de prestige créée par Chrysler pour concurrencer GM avec sa Cadillac et Ford et sa Continental. Par rapport à ces dernières, Chrysler a eu plus de mal à imposer cette marque surtout en 1961 où ces ventes chutèrent à cause de son style trop délirant. Cette année, en comptant les berlines, seulement 12 258 furent produites contre près de 140 000 Cadillac ! Depuis 1959, et les excès stylistiques de la Cadillac, GM et Ford étaient revenus à des silhouettes plus épurées aux ailerons rognés. Pas Chrysler qui resta fidèle au fameux style « Forward Look » (regard vers l’avant) crée par son styliste en chef, le flamboyant Virgil Exner qui avait fait le succès de la marque depuis 1957. Avec le millésime 1961, Exner en fit trop ce qui ce manifesta par une chute des ventes et la mise à la porte en 1962 de ce talentueux designer qui refusa d’abaisser ses ailerons en forme de nageoires de poisson.

50 américaines !

Stéphane a possédé autant d’américaines que le drapeau de ce pays compte d’étoiles.  » Un ami de mon père possédait un garage qui vendait des lots de voitures américaines qui ne valait pas grand chose à cette époque. Enfant, je passais mes mercredis après-midi à les admirer et à me glisser à leur volant » explique-t-il. Voici comment est née sa passion qui le poussa à acheter dès 2003 sa première Cadillac cabriolet 1967 suivi d’une cinquantaine d’autres autant anciennes (Dodge Charger Chrysler New-Yorker que modernes (Corvette C4 et Viper GTS) en passant par certaines délivrant près de 1000 chevaux alimentées par alcool pour faire des run. Au bout de 6 mois, je me lasse assez vite et je les revends pour en acheter une autre. Avec le coût de mes cartes grises de plus 40 chevaux fiscaux, je nourris la fonction publique ».

Stéphane a craqué en découvrant cet Impérial Custom qui n’avait pas été importée en France à cette époque par Chrysler car de par ses dimensions et son style excessif et son prix très élevé équivalent à celui d’une Cad aux USA, elle n’était pas adaptée à la circulation et à nos routes des années 60.  » C’est son esthétique qui m’a subjugué et justement son aspect très différent des concurrentes de l’époque. L’impérial 1961 a été fabriquée seulement à 889 exemplaires en version coupé Custom, 1007 en version Crown plus luxueuse avec la roue de secours stylisée sur le coffre et 421 exemplaires en cabriolet. J’ai déniché cet exemplaire en Espagne chez un passionné qui possède plus d’une centaine d’américaines. On sait qu’elle avait été achetée par un riche industriel espagnol qui l’avait fait venir des USA. Hélas, je ne connais pas grand chose sur son passé malgré mes recherches ».

Le millésime 61 innovait par des phares semblant flotter hors de la carrosserie qui seront abandonnés en 1963

Idem à l’arrière avec des feux rouges sortis de la carrosserie appelés  » feux microphone

2600 dollars les 4 enjoliveurs !

Stéphane sait que cette couleur flashy refaite aux USA n’est pas originale (initialement bleu turquoise) et que les jantes ne sont pas d’époque. Pour notre rendez-vous, il n’avait pas eu le temps de remonter celles d’origine en tôle qu’il possède avec les enjoliveurs qui sont très difficilement trouvables vendus 2600 dollars les quatre aux USA et qui se volent beaucoup. Il ignore le kilométrage de sa batmobile mais sait que son moteur qui a été révisé tourne bien.

La Continental a été proposé avec plusieurs V8 s’étageant de 6,4 l à 6,8 l (413 Ci) avec des puissances variant de 325 à 355 ch SAE

Il a simplement changé l’imposant carburateur Carter 4 corps d’époque par une plus moderne et a installé une pompe à essence électrique qui favorise les démarrages. Une petite visite s’impose sous l’immense capot pour jouir du battement tranquille des 8 énormes pistons cumulant 6,4 l de cylindrée en délivrant 340 chevaux. Si elle pouvait atteindre 180 km/h, l’impérial n’était pas une voiture sportive, construite dans une usine dédiée (Warren Avenue) sur un châssis spécifique et freinée par sa suspension très souple à barres de torsion à l’avant et des freins à tambours qui n’arrêtaient pas longtemps ses 2 250 kilos à vide. Quant au coffre, ce doit être le fait de ma culture cinématographique, mais il est possible d’y cacher au moins trois cadavres.

La planche de bord offrait un style original. La sellerie conforme a l’origine a été refaite. 

Le fameux volant carré (repris sur l’Austin Allegro) améliorait la lisibilité du tachymètre gradué jusqu’à 120 milles à l’heure

A gauche, la commande la boîte auto Torqueflite à 3 rapports à touches usitée chez Chrysler

Commandes à touches

L’œil est fasciné par le rejet à l’extérieur des phares avant dans des bols chromés qui semblent flotter dans l’espace de même que des arrières extérieurs à l’aileron, par la découpe brutale de ces derniers en forme de nageoire qui grimpent brutalement vers le ciel (le fameux Forward look), par l’épaisse bande chromée qui souligne lourdement la pavillon. L’habitacle offre une planche de bord au dessin original dont le tachymètre qui s’étire jusqu’à 120 miles est encadré par les commandes noyées dans deux ensembles verticaux oblongs notamment la commande de boîte automatique Torqueflite à 3 rapports commandée, par touches et le chauffage et la clim à droite. Le millésime 1962 lissera ses ailerons avant de s’assagir dès 1963. Mais Impérial ne réussira jamais à s’imposer face à Cadillac.

La Continental innovait par ses poignées de porte intégrées que Fiat reprit sur sa 1300/1500

Platine des commandes des 4 glaces électriques avec la massive poignée d’ouverture de porte et le sigle de la Continental rappelé fréquemment sur la carrosserie

Déjà Stéphane pense à sa prochaine. Ce sera une Buick Riviera 71 ou 72, la plus excitante à ses yeux avec son arrière faisant songer à une poupe de bateau. Évidemment, nous l’essaierons. Même endroit, même heure !

Stéphane est fou d’américaines du passé !

Virgil Exner (1909/1973) à droite (cheveux blancs) dirigea le bureau de design de Chrysler de 1956 à 1961

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Chrysler Imperial Coupé : Superbe Laideur »

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  1. Nabuchodonosor

    L’ampleur du geste, la générosité du trait, la démesure intergalactique, le confort digne des meilleurs lounge de palais, la puissance plus que suffisante du Big-Block usiné par l’un des Big Three, silencieux, fiable mais terriblement soiffard, le modernisme revendiqué emprunté à l’aviation, à la conquête spatiale et le clinquant à tous les étages de la fusée permettant d’afficher crânement sa réussite, qu’on ne s’y trump pas, voilà une caisse qui synthétise les plus belle pages d’un monde automobile alors à son apogée, écrites au solstice des trente glorieuses baignées d’un libéralisme économique flamboyant. Il s’agit plus que d’une bagnole, d’un art de vivre libre et sans scrupules…
    Mes yeux d’enfants s’illuminent l’espace de vous lire, Dieu qu’il est bon de ne pas se sentir coupable ne serait-ce qu’un instant.
    😉
    A thousand thanks Stephen & Uncle Pat’.
    In God we Trust.
    NabuYankee

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  2. Pierre_

    Véhicule extravagant, délirant, hors du commun. Que d’excès. C’est l’Amérique. Tout est dit dans les commentaires.
    La passion et la recherche de pareilles autos sont tout a votre honneur Stéphane.
    Superbe collector et pièce de musée à n’en pas douter.
    Vivement le prochain rendez-vous alors! Je prends note.
    Merci du partage.

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  3. john_smith

    On ne parle pas d’une « Chrysler Impérial » mais d’une « Impérial » tout simplement, Impérial étant, dans ces années là, une marque à part entière du groupe Chrysler. On ne parle pas d’une « Général Motors Cadillac » ou d’une « Ford Lincoln », et bien pour Impérial, c’est pareil 😉 Quand au rédacteur des légendes des photos, il devait rêver de Lincoln car il parle de « Continental » à plusieurs reprises au lieu d’Impérial. Bref, en dehors de ces petites confusions pas bien graves, j’ai le plaisir de vous dire que j’ai adoré cet article 😉 …… et qu’accessoirement, j’adore la marque Impérial, mais ça vous l’aviez déjà deviné !

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    1. Patrice Verges

      John vous avez tout a fait raison mais j’ai insisté sur le mot Chrysler car la marque Impérial est très méconnue surtout chez nous pour ne pas dire inconnue et surtout bien moins que Cadillac C’était pour la rattacher à Chrysler. D’où mon erreur pour Continental plus commune d’après moi mais quand même globalement aussi inconnue des Français qui, hélas, situent mal les voitures américaines et ne mesurent pas l’avance technologique qu’elle offraient alors. Merci pour votre commentaire très pertinent.

    2. John_Smith

      Merci pour votre réponse, M. Vergés et merci pour l’ensemble de votre (colossale) œuvre ! Merci aussi pour avoir braqué le projecteur sur cette marque injustement méconnue qu’est Impérial et qui n’a effectivement pas rencontré un grand succès à l’époque. Techniquement, en ces années 50’s et 60’s, les modèles haut de gamme du groupe Chrysler avec leurs moteurs Hémi puis Wedge-Head, leurs boites Torqueflite et les suspensions avant Torsion-Air étaient les meilleurs en terme de conduite, loin devant Cadillac et Lincoln (relire les essais de Tom Mac Cahill qui ne roulait …. qu’en Impérial). Nul doute que leur look souvent assez « particulier » et une qualité de finition un peu inférieure, ne les aura pas aidé auprès d’une clientèle un peu conservatrice …… Mais quels extraordinaires vaisseaux !!