Ford Cortina Lotus : N’oubliez pas votre casque !

Par Patrice Vergès. Il y a 18 mois, une longue vidéo de POA vous invitait à découvrir le musée historique Ford à Dagenham où se cachait une Ford Cortina Lotus qui fut une fantastique voiture à gagner les courses dans les années 60. C’est toujours le cas presque 60 ans plus tard !

La Cortina Lotus se distinguait de la normale par ses pare-choc en deux parties destinés à laisser libre la double entrée d’air

Elle n’était livrable qu’en 2 portes avec ses flancs peints de couleur vert olive

Produite de 1963 à 1967, la Ford Cortina MK1 fut une berline tout ce qu’il y a de plus banale dont la principale qualité fut son prix de vente extrêmement compétitif inférieur à nos 1500 cm3 notamment françaises. A la demande de Ford qui décida de s’investir à fond dans la compétition automobile, Colin Chapman, le créateur de la marque Lotus qui brillait alors en Formule 1, concocta une version affutée qui devint la reine des circuits dès 1963. C’est une version course appartenant à Christophe que nous vous invitons à conduire, pardon, piloter aujourd’hui. N’oubliez pas votre casque !

3300 exemplaires dont 110 en France

Par son tarif plus de deux plus élevé que celui de la version normale 1500, la version Lotus MK1 resta un modèle marginal qui fut surtout acheté par des pilotes. 3 300 auraient été seulement fabriquées et seulement 110 auraient été vendues en France dont 5 avec la direction à gauche comme celle de Christophe.  » A 18 ans ma première voiture qu’on m’a donnée si je la réparais a été une Ford Taunus. Pour participer à des rallyes historiques, je voulais une voiture plus puissante que l’Autobianchi Abarth que m’avait prêté ma femme pour disputer le Tour de Corse et le Rallye de Monte-Carlo en Historique. Je songeais à une Kadett GTE lorsqu’on m’a proposé cette Cortina Lotus qui court depuis plus de 40 ans et qui a un beau palmarès puisqu’elle a terminé 2eme au Tour de Corse Historique 2013 en VHRS . Elle était préparée pour le rallye plutôt que la piste comme beaucoup de Lotus et c’est justement ce que je souhaitais et c’est mon ami Guy également mon préparateur qui s’occupe de son entretien « .

En effet, dès sa sortie en 1963, la Cortina Lotus devint la reine des circuits en catégorie « saloon-car » ou si vous préférez tourisme. Pilotée par les meilleurs pilotes de son temps notamment Jim Clark, Jacky Ickx et même Jacky Stewart, elle semait la terreur sur a piste se révélant parfois plus rapide que les Mustang, Ford Galaxie 7 litres et Jaguar 3,8 l malgré sa relative petite cylindrée. Son rapport poids-puissance était très performant. Elles viraient d’une façon très spectaculaire en levant la roue avant extérieure. Extérieurement, si la Lotus se distinguait seulement de la placide version normale par ses flancs vert olive, c’est surtout sous le capot que se cachait la différence !

Née du projet Cardinal, lancée fin 1962, La Cortina était la sœur britannique de la Taunus 12 M. Contrairement à cette dernière, c’était une classique propulsion

Les Cortina étaient spectaculaires à voir évoluer en circuit. C’est le regretté Jim Clark double champion du monde avec Lotus qui est à son volant

Jim Clark and Lotus Cortina in race-winning pose.

Double arbre, caisse allégée, suspension spécifique

En fait, Lotus ne conservait que le bloc en fonte Ford à vilebrequin à 5 paliers d’origine dont il portait la cylindrée à 1558 cm3. Il le coiffait d’une magnifique culasse maison à double arbre à cames en tête à grosses soupapes, alimenté par deux gros carburateurs Weber de 40. Sa puissance grimpait de 58 ch DIN à 105 ch DIN pour le modèle se série et presque 150 chevaux en compétition. 105 ch était une puissance exceptionnelle pour une voiture de cette cylindrée en 1963. Celles qui courent aujourd’hui en circuit en historique frôlent les 200 chevaux à 9 000 tr/mn. La voiture de Christophe destinée au rallye bénéficie d’un moteur plus calme et mieux adapté à ce type d’épreuve.

 » Ma voiture est éligible FIA qui détermine sa préparation. Mon moteur est bien préparé avec un arbre à cames favorisant le couple, pistons forgés, grosses soupapes, pipes d’échappement spaghetti, gros carburateurs Weber de 45. Il donne 137 chevaux à 6 800 tr/mn au banc d’essai. C’est une bonne puissance. Avec un pont court, sa vitesse maxi est de 150 km/h environ ce qui est suffisant en rallye ».

Le double-arbre Lotus ne reprenait que la bloc en fonte de la Cortina de série avec son vilebrequin 5 paliers. Ce n’est pas un moteur Kent dérivé de l’Anglia comme on le prétend trop souvent

Habitacle dépouillé, arceau cage, siège baquet, pédalier allégé et un superbe levier de vitesses

Les 1000 premières Lotus bénéficiait aussi d’une caisse allégées (ouvrants en aluminium) annoncée pour 775 kilos seulement, d’un essieu arrière rigide mieux guidée que celui de série, direction spécifique, freinage renforcé qui expliquent son prix. Son moteur double arbre a animé pendant des années plusieurs modèles de la gamme Lotus notamment l’Élan et même les Jensen ainsi des prototypes de compétition comme la minuscule Lotus 23. Datant de 1965, celle de Christophe (2000 exemplaires) ne bénéficie plus des portes en aluminium ni de la suspension arrière spécifique très fragile des premières moutures qui reste un bon essieu rigide à lames. Mais, il est temps de monter dans sa Lotus.

Boîte à pignons à taille droite

Sa Cortina ne cache pas qu’elle est gréée pour la course avec son habitacle dépouillé renforcé par un épais arceau cage, ses sièges baquet et son trip-master. Inutile de dire que le pot d’échappement lâche son flot de décibels mais il n’est pas le plus bruyant au sein de l’habitable dépourvu de toute insonorisation. Équipée d’une boîte à 4 vitesses à pignons à taille droite moins énergivore en chevaux et de crabots qui remplacent les synchros, la transmission lâche une sorte de plainte aigue qui donne le sentiment que tout va exploser sous le capot. Mais pourtant, elle tient le coup et accélère fort grâce à son pont court. Sa suspension entièrement revue (angles de chasse) et c’est tant mieux car celle de la Cortina d’origine assez primitive n’était pas sa meilleure qualité, n’est pas aussi dure que les voiture de circuit tandis que l’autobloquant lui assure une meilleure motricité lié à des pneus copieusement élargis montés sur de belles jantes larges en alliage léger. Avec, Christophe va participer à des rallyes en VHRS.

La prochaine fois, dans quelques semaines, nous resterons chez Ford puisque Christophe nous fera découvrir sa Capri en rarissime 2600 GT.

Belles jantes Minilite en alliage léger élargie de 13 pouces remplacent celles en tôle de série chaussées de pneus Avon en 175 de large

Ces fameux feux rouges ronds à étoile inspirés des Ford Galaxy US caractérisaient la Cortina MK 1. Ils ont été repris par d’autres petits constructeurs britanniques

 

Christophe court en rallye en catégorie VHRS

Réservoir de sécurité, batterie montée à l’arrière, on s’éloigne de la voiture de série

Chapman avait baptisé ses voitures Lotus car c’était le surnom de son épouse. Au dessus, les lettres symbolisent les initiales de son nom : Anthony Colin Bruce Chapman

La Lotus du reportage que POA avait effectué sur le musée Ford de Dagenham

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Ford Cortina Lotus : N’oubliez pas votre casque ! »

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  1. Luc

    Une voiture rare qui était imbattable en circuit. Quelle chance de rouler avec. Réparer son moteur coûte une petite fortune. Attention aux sur-régimes !

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  2. Jean-Bernard

    Mon rêve à 20 ans était une Cortinas Lotus introuvable en France. Je me suis rabattu sur une GT qui avait une planche de bord fantastique. 3 mois après, j’ai fait une grosse sortie de route car ça ne tenait pas par terre. Quels merveilleux souvenirs de lire ces lignes.

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  3. Dominique Laude

    Très belle voiture, j’ai eu, dans ma jeunesse, une Ford Cortina 1600 que j’avais acheté 500 frs et avec laquelle j’ai traversé l’Espagne entre copains. De bons souvenirs et beaucoup d’inconscience mais quel tableau de bord et quel grand levier de vitesse
    Un petit lien pour bien se rendre compte..
    https://i.ytimg.com/vi/O-qqcqTaUfM/hqdefault.jpg
    Merci pour cette madeleine…

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  4. Nabuchodonosor

    J’observe sur la quatrième photo que pour tenir son point de corde, Jim Clark fait lever la roue avant intérieure de sa Cortina.
    J’ai, par ailleurs observé au bout de la corde que pour ne pas se pisser dessus, mon chien levait lui la patte extérieure.
    Mais tout cela n’est peut-être qu’une question de point de vue…
    😉
    Nabu
    Qui aime bien charrie bien.

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    1. Mat Ador

      Il vous que vous sachiez mon cher Nabu qu’à cette époque bénie précédent le grand changement climatique que nous subissons, les boussoles cherchaient encore le Nord au Nord, la polarité de la terre ne s’était pas encore inversée pas plus que le centre de gravité… Ceci expliquant cela.
      😉

    2. Fils de Pub

      Tsst, tsst, il s’agit d’un négatif. En réalité c’est bien la roue avant extérieure qui se lève.
      🙂

  5. Georges Piat

    D’habitude, on fait des pignons de boîte hélicoïdaux pour que ça siffle moins mais j’imagine que dans l’ambiance générale, on entend pas la différence !
    Si Lotus est passé par là, je devine la voiture… N’empêche, fallait sûrement un bon coup de volant pour rester sur la route.
    Géniale cette version, superbe en plus.

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