Souvenirs d’Autos (215) : Le projet Audi

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel.  C’est Pierre, fidèle de Souvenirs d’Autos, qui nous fait partager cette histoire, que dis-je ? cette Aventure !!

 

Année 2015, mon jeune fils, Rémi, en classe de terminale préparait un Bac de Technicien.

Le BAC approchait. Rémi nous glissa alors, à mon épouse et moi, qu’après l’examen il souhaitait s’orienter vers les métiers de l’Automobile. Son désir pour ce projet nous enchanta.

Ce choix n’était pas un hasard. À 11 ans, Rémi pilotait déjà le scooter de son frère ainé et l’aidait à l’entretien.

À l’automne, Bac en poche, Rémi entrait au Lycée du CECOF à Ambérieux en Bugey, s’engageant deux années en alternance Mécanique-Auto et repasser un bac. La concession Peugeot à Oyonnax l’engageait comme jeune alternant.

En marge de ses études, Rémi projetait d’acheter un véhicule de fin de vie, et procéder chaque week-end à son démontage et vendre les pièces en état sur la toile, améliorant ainsi ses connaissances en mécanique.

Son ami Alfredo de chez Peugeot et ses professeurs saluèrent l’initiative comme un excellent exercice d’apprentissage.

L’Auto à déconstruire serait entreposée dans notre garage. Il s’activait déjà à faire place nette dans l’endroit pour accueillir une Berline qu’Alfredo lui avait dégotté.

L’un et l’autre avaient bien préparé le projet. L’Auto fut trouvée chez Luis le frère d’Alfredo, elle arriverait très bientôt.

Rémi devra s’acquitter de la modique somme de 200 euros pour l’achat. C’est à moi que revint cet honneur. Cruelle jeunesse.

Ce samedi de Novembre 2015, les derniers rayons d’un soleil d’automne réchauffaient encore le village ce samedi après midi, quand on aperçut enfin l’équipage arriver au bout de la rue. Rémi laissa échapper un grand soupir de soulagement.

Ses grands yeux d’enfant pétillèrent quand l’Auto s’arrêta devant notre garage. Les deux hommes en descendirent.

 

C’était une Audi 100 grise, année 85, avec 5 cylindres développant une bonne puissance de 138 CV. Elle affichait près de 300.000 km au compteur.

 

Je vis très vite qu’elle occuperait une place non négligeable dans le garage. Ajoutons à cela les pièces démontées et les outils d’usage, une sérieuse organisation s’imposait donc quant au rangement.

Je compris que ce point de vue, bassement matériel, était le cadet de ses soucis, Rémi n’avait d’yeux que pour l’Auto.

Ainsi en ce début d’hiver 2015 un projet prenait forme et dans notre Garage naissait l’Atelier de Rémi.

Toute la famille se passionnerait alors pour les débuts de la Petite Aventure Automobile de –Rémi et le projet Audi-.

L’affaire était sérieuse. Rémi fit provision d’outils, il s’équipa même d’un cric hydraulique, d’une clef à choc, d’une paire de chandelles. Ses économies de jeune alternant avaient fondu.

Je lui achetai alors une belle caisse à outils rouge et noire Facom.

Il ne voulut pas l’utiliser. Une desserte prêtée par son frère ferait mieux l’affaire, les outils seraient ainsi promenés autour de l’Auto. Etonné je repris le bien. Ingratitude du garçon.

Mon épouse et moi observions notre fiston s’engager, le cœur battant, dans ce Projet Mécanique.

La Petite Entreprise entra rapidement en activité, notre entrepreneur ne plaisantait pas. Vêtu de sa cote Peugeot bleu foncé, chiffon en poche et manches remontées, Rémi s’affairait à la tâche.

Des pièces de toute taille tombaient une à une, vis, boulons, rondelles jonchaient le sol, l’activité battait son plein.

      

L’hiver était dédié à la Mécanique. Le démontage s’accélérait, les accessoires ôtés occupaient maintenant tout l’espace.

Rémi était insatiable, baladeuse et clefs en main il plongeait au cœur de l’Audi.

L’Auto, généreuse, offrait ses pièces au Petit Mécano.

Odeurs d’essence, de cambouis et de sellerie usée envahissaient le lieu. De l’huile échappée coulait sur le sol. Je pestai.

On fit des photos pour la vente sur la toile. Patients, nous attendions les clients. Rémi avait confiance en son Affaire.

Quelques copains passèrent à la Fabrique, curieux, ils discutaient un moment puis repartaient.

Bientôt ce sont les belles amies de Rémi qui vinrent saluer notre beau mécano. L’Atelier pépiait. Puis certains jours la production frôla le zéro pièce déposée, et que dire aussi des ventes sur la toile.

Un objectif était fixé, la Berline Allemande devait disparaitre d’ici l’hiver prochain, mais le rendement de l’Atelier chutait.

Rémi me rassurait au mieux « Pas de soucis papa, je gère! ». Je connaissais bien ce propos.

Mais le jeune Garagiste bizarrement s’absentait de plus en plus de la Petite Entreprise. L’Atelier tant animé serait bientôt silencieux, la chaine de démontage s’arrêtait.

Le jeune Mécano s’était envolé, il avait démissionné. L’Audi 100 était abandonnée et bientôt elle s’endormit dans le Garage déserté. Rémi avait mis la clef sous la porte, il était tombé amoureux de la belle Audrey…

 

Quelques mois passèrent et je sommais Rémi de sortir le Véhicule des lieux. J’insistai, perdant patience.

Il demanda alors l’aide de son ami Alfredo. Bientôt de permanence à la concession il disposerait de la Dépanneuse.

Ce samedi matin une pluie froide battait la rue, Alfredo arriva bientôt. Rémi était silencieux.

L’homme lentement approcha la Dépanneuse Peugeot de l’entrée du Garage, il enleva l’Audi endormie et l’emporta.

Nous regardions le convoi doucement s’éloigner, il disparut au bout de la rue. La neige se mit à tomber.

Ultime voyage pour la Berline Ancienne, on ne sut jamais ou elle fut déposée.

L’Audi fut un beau projet, Rémi peut en être fier, il en gardera un excellent Souvenir.

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

 

L’avis des Petits Observateurs !

11 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (215) : Le projet Audi »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Fréour

    Ben zut alors, pour une fois que je ne suis pas pile à l’heure le vendredi… voilà une Audi. Très beau souvenir. Merci Pierre, Rémi et Thibaut.

    Répondre
  2. Nabuchodonosor

    Mais quel beau souvenir d’auto ! Merci Pierre.
    Nous aurions aimé avoir le fin mot de l’histoire car l’on ne sait pas si votre fils Rémi, dont le cœur n’était visiblement pas de Pierre et la belle Audrey s’étaient juré fidélité pour la vie ?
    A moins que… ce foutu Cupidon un jour bougon ne retira sa flèche… Brisant en mille morceaux le cœur si vaillant de Rémi, le démontant, le mettant en pièces, lui vidant toute les larmes de son corps un peu comme lui-même le fit jadis pour une belle Audi…
    Ainsi va la vie Pierre avec ses hauts et ses bas, qui ne connait pas la mel’Audi ?
    Mes respects, mon Commandant.
    😉
    Nabuqu’a pris du retard

    Répondre
  3. Thierry

    Vous nous laissez sur notre faim commandant ! Qu’est-il devenu le garçon ?
    En tout cas l’idée de base était sympathique, peut-être que l’Audi était un choix un peu trop atypique pour une vente sur internet des pièces ?
    Votre histoire est saisissante de réalisme !

    Répondre
    1. Pierre_

      A la maison nous nous sommes réjouis de ce projet des plus sympathiques en effet. Projet mené avec anthousiasme et sérieux du garçon, encouragé par son prof et son « tuteur » d’alternance Alfredo. La démarche a été formatrice et riche d’enseignement. Ce projet n’a pas été mené à son terme, la raison du coeur l’emportant. Grand moment. Garage et sous-sol envahis. Epique. _Pas de soucis papa je gère! _Ah bon sang…!
      La fin, nous la connaissons.
      Bien à vous Thierry
      (le jeune garçon poursuit ses études sur ..les moteurs thermiques à combustion interne..)