Car Tailoring : le nouveau luxe ?

Le Car Tailoring est un anglicisme qui désigne le sur mesure automobile, une tendance qui s’exprime notamment sur les voitures de collection. Cela consiste à améliorer une voiture selon ses goûts sans forcément respecter l’origine, mais en sublimant l’existant.

Pour illustrer cette tendance du Car Tailoring, POA est allé à la rencontre de la Sellerie Nantaise, un atelier de sellerie crée en 2016 par Hughes Orrière, un jeune sellier qui a suivi le compagnonnage.

Au-delà de la restauration classique des intérieurs,  Hughes répond aux demandes particulières à l’image de cette rare Lotus Esprit S2.2 de 1980 dont il a refait l’habitacle à la demande de l’architecte d’intérieur Tristan Auer.

Designer international plus habitué a oeuvrer pour les hôtels et les particuliers, Tristan Auer a déjà imaginé l’intérieur de la Citroën DS du Crillon, mais aussi celui d’une Ferrari Dino 308 GT4 et d’une Autobianchi Abarth.

La Lotus sous marin de 007

L’histoire ne dit pas s’il est fan de l’Espion qui m’aimait, de Roger Moore ou de Barbara Bach,  mais toujours est-il qu’il s’est offert la Lotus Esprit blanche de James Bond. Tristan Auer a fait ses plans, choisi ses matériaux, demandé quelques modifications et confié le tout à Hughes qui a relevé le défi.

Car il s’agit bien d’un défi. L’Esprit S2 est une voiture rare, voire confidentielle en France. Il en resterait 80 dans le monde. Pas de plans, pas de pièces en stocks … il a fallu faire preuve d’imagination.

 

L’habitacle de la Lotus a été entièrement rhabillé de velours et de tissus en fil de soie.

Une démarche de designer lié à un savoir d’artisan qui aboutit à un luxe subtil .

Repenser l’intérieur de la Lotus Esprit n’est pas chose aisée, tant l’habitacle est exiguë et tant la qualité de construction de l’époque, lié au temps qui passe, est mauvaise. Il a fallu démonter, comprendre, réparer, changer, réhabiliter certaines pièces, en imaginer d’autre, refaire les mousses des sièges. Au total ce sont plus de 200 heures de travail qui ont été nécessaire.

Anciennement habillé de cuir, l’habitacle est désormais recouvert d’un velours épais sur la planche de bord, la console et les contres portes. Les sièges mixent un tissu éponge sur les cotés et leur centre reçoit un tissu coloré en fil de soie. Les moquettes gris vert sont plus épaisses qu’à l’origine. Elles ont un liseré vert foncé qui fait échos au couvre moteur dans le coffre, à l’étui cuir de l’extincteur, aux sangles du porte-parapluie et au cache batterie. Le ciel de toit est matelassé d’un tissu gris côtelé dont l’effet est accentué par la pose d’une mousse plus épaisse.

L’autoradio a disparu au profit d’enceintes bluetooth Vismes faites sur mesures pour s’encastrer dans la console. La boîte à gant reçoit deux prises USB.

 

Un cocon dans une lame de rasoir

L’ensemble crée un cocon feutré qui contraste  avec les lignes tranchantes de la carrosserie signées Giugiaro.  40 ans après c’est toujours un choc de voir une Esprit face à soi. Ultra basse, ultra courte, ultra fine, toute ses courbes finissent en coin. Une lame de rasoir.

C’est simple, direct. Certain diront daté. En comparaison de l’obésité des sportives actuelles, l’Esprit ressemble à une danseuse étoile, mêlant grâce et légèreté.

En la détaillant, on se demande comment le design contemporain a pu se perdre dans l’excès, entre les normes et l’obligation de faire « nouveau ».  Trop de lignes, trop de chromes, trot de masses, trop de tout…

Une patine extérieures qui cache des dessous refait à neuf

Tristan Auer a souhaité conserver les petites traces du temps sur la peinture blanche de son Esprit. En revanche tout ce qui ne se voit pas a été sérieusement révisé, pour ne pas dire refait à neuf. La partie mécanique a été géré par Jeremy l’associé mécanicien de Hughes. Moteur, châssis, train roulant, suspension réglables, freins, tout a fait l’objet d’une restauration en règles,  améliorant les faiblesses connues de la voiture.

La Lotus Esprit S2 est motorisée par un quatre cylindres 2 litres 160 ch à 6 200 tr/mn. Il est Installé en position longitudinale central arrière, incliné vers la gauche. Tout en aluminium pour être le plus léger possible, il est coiffé d’une culasse 16 soupapes à deux arbres à cames en tête entraînés par courroie.

L’alimentation est assurée par deux carburateurs double corps Dell’Orto. Le couple s’affiche à 190 Nm à 4 900 tr/mn. La boîte manuelle à 5 rapports d’origine Citroën SM et est complétée d’un différentiel autobloquant arrière pour garantir une belle motricité. Les performances : 220 km/h annoncés par l’usine, et des accélérations intéressantes à défaut d’être détonantes : 8’’0 pour le 0 à 100 km/h et une borne kilométrique franchie en 29’’6.

La structure est composée d’un châssis-poutre rectangulaire en tôle d’acier sur lequel est fixé à l’arrière un berceau tubulaire pour accueillir le groupe motopropulseur.

La carrosserie en polyester garantissant légèreté et poids contenu puisque restant sous les 900 kilos ! 

L’essieu arrière est 100% de conception maison avec des roues semi-tirées et bras transversaux superposés où les bras supérieurs sont les demi-arbres de transmission.

Les quatre freins à disques (ventilés avant) présentent la particularité à l’arrière d’être accolés à la boîte de vitesses pour réduire le poids des masses non suspendues. Les jantes alu de 14 pouces sont équipées de pneumatiques Dunlop SP Sport en 205/70 R14 à l’avant et en 205/60 R14 à l’arrière, 

La direction à crémaillère est dépourvue d’assistance

 

 

Ecouter le son du moteur 4 cylindres 2 litres de 165 ch placé en position centrale arrière

Le moteur est caché sous ce couvre plastique repeint en vert pour l’occasion et reformé pour recevoir l’extincteur.

 

Présenté sous forme de concept car par le designer Giorgetto Giugiaro, l’Esprit fait sa première apparition en version de série en 77 dans le James Bond  l’Espion qui m’aimait.  Le fait qu’elle se transforme en sous-marin a marqué à jamais plusieurs génération.

On l’a oublié, mais dans les années 70, Lotus trustait les victoires en F1. 7 titres de Champion du monde, ça pose son homme.

Admirez la finesse du lettrage.

jantes Speedline 14 pouces dessinées par Lotus.

Lewis Gilbert, réalisateur de l’Espion qui m’aimait en 1977, présente les caractéristiques et les gadgets de la Lotus Esprit lors d’un reportage à la BBC

La fameuse poursuite qui dure 8mn 53 secondes et a demandé 9 mois de préparation et un mois de tournage en Sardaigne.

Les plans sous marins ont été réalisé aux Bahamas pour disposer d’une eau plus claire pour le tournage.

 

Effet garantit avec les phares pop up escamotables que toutes véritables sportives se devaient de proposer dans les années 70

 

jantes de 14 pouces

 

Cette Lotus Esprit S1 est actuellement (décembre 2018) en vente en Angleterre pour 75 000 livres.

Notez l’habitacle qui reprend les finitions exactes de la version de 1977, avec des tissus écossais

L’avis des Petits Observateurs !

22 commentaires au sujet de « Car Tailoring : le nouveau luxe ? »

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  1. LP

    Bonjour, très belle auto, très belle restauration, la sellerie est superbe, en revanche le covering du tableau me laisse un peu plus perplexe. Mais bon, le principal ‘est que ça plaise à son propriétaire. Bravo à l’équipe de restauration.

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  2. chapman

    L’intérieur écossais de la version anglaise (en photo) me semble évidemment bien plus en rapport avec le véhicule dans son époque, mais comme il est dit dans de nombreux commentaires, les goûts et les couleurs ne se commandent pas (même s’ils se commentent un peu hein?)
    Par contre le compagnon, respect! Très beau travail et bel atelier, bien organisé et bien habité.

    Répondre
  3. chapman

    L’intérieur écossais de la version anglaise (en photo) me semble évidemment bien plus en rapport avec le véhicule dans son époque, mais comme il est dit dans de nombreux commentaires, les goûts et les couleurs ne se commandent pas (même s’ils se commentent un peu hein?)
    Par contre le compagnon, respect! Très beau travail et bel atelier, bien organisé et bien habité.

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    1. Huiledecannes

      Bravo John Smith !
      Je savais que c’était l’oeuvre d’un carrossier, mais impossible de remettre un nom dessus !
      La fiat dino ayant des feux rectangulaires, la simca à moteur arrière a des ouïes sur le capot. J’ai donc pensé à Monteverdi et Aston, mais ces feux ronds avec cette ligne latine sont seulement l’apanage de la Osi !
      Bien vu !

    2. John_Smith

      Ça arrive, même aux meilleurs ! Je comprends mieux la méprise, car imaginer Enzo Ferrari complimenter une (presque) Ford, c’était dur à croire 😉

  4. Nabuchodonosor

    Qu’il est bon de savoir qu’il est encore des artisans passionnés pour tailler des costards sur mesure à nos vieilles tires, et rassurant quand parmi eux un jeune passionné comme Hugues y est tout dévoué; On ne peut donc que l’y encourager.

    Comment, au vu de ces superbes images, rester insensible à ce chef-d’œuvre intemporel de Maître Giorgetto qui, du reste sans ce coup de crayon génial, n’aurait probablement pas emporté l’adhésion du sorcier de Hethel, dont on commémorera les 36è anniversaire de sa disparition demain.

    Et comme répliquerait en gentleman Sir Roger sous les traits d’un double zéro sept amoureux (The Spy who loved me) : « Any man who drinks Dom Pérignon ’52 can’t be all bad. ».
    😉

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  5. Georges Piat

    Si cela peut donner du travail, je suis d’accord. Je salue le boulot magnifique etc etc… Mais le travail des designers n’est plus respecté. On se moquait du volant fourrure des années 70 mais on est en plein dedans.
    Désolé mais j’aime trop la bagnole, si on refait c’est comme à l’époque !
    (Très amicalement et prendre avec humour car il y a plus grave dans la vie…)

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  6. lejoggeur

    Merci pour cette vidéo qui met vraiment en avant le savoir-faire de jeunes artisans (que ce soit pour la mécanique ou l’intérieur) ! Superbe réalisation cette Lotus Esprit

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  7. Miata-Boy

    Ce genre de reportages sur les métiers nobles et passionnels donne toujours envie de tout plaquer pour changer de vie… Mais on ne le fait pas…

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  8. Chapeau

    Magnifique.
    Bravo,
    Le travail manuel est très valorisant et enrichissant , une bonne idée de métier pour les jeunes qui rechercheraient une orientation professionnel.
    Merci, très bon reportage.
    Stéphane.

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  9. thierry

    Ouh ben ….. pas fan du tout de cette Lotus série limitée Saint Maclou.
    En plus je suis allergique à la poussière moi …. atchoum !
    Par contre quel beau travail, que le résultat plaise au propriétaire est une chose primordiale, mais il faut noter les prouesse de l’orfèvre en restauration.

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  10. Pascal DeVillers

    Bonjour,
    Pour ce qui est de la LOTUS, elle est géniale, dessiner par un des maîtres absolu du design automobile , Giorgetto GIUGIARO.
    Personnellement j’ai une voiture issue de ses bureaux de design et on reconnaît avec la LOTUS l’aspect inoxydable de la ligne ,simple ,lisse ,éternelle.
    Beau travail de restauration, mais je ne suis pas fan de la moquette monochrome un peu trop sombre à mon goût, c’est un peu tristounet pour cette voiture , cela me fait penser à la moquette des RENAULT R25.
    De plus ca ne doit pas être très pratique pour le nettoyage.
    Je préfère de loin celle présentée sous la video avec ses couleurs vives bien dans l’air des années 70-80.
    C’est vrai que le luxe c’est de pouvoir personnaliser son véhicule, en fait le TAILORING c’est du tunning chic de bon goût.
    On en revient aux années 20-30, ou l’on choisissait d’une part un châssis et un moteur et ensuite pour habiller le tout on allait chez une carossier qui réalisait à la demande du client, comme une robe de haute couture faite sur mesure.
    A part cela , il y avait d’autres petites pepites bien intéressantes à nous présenter dans cet atelier .
    Encore un reportage très agréable.
    Merci.
    Pascal
    .

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  11. Grégoire

    Fan du reportage, de la voiture (quelle ligne) et de la remise en état, hormis la moquette sur le tableau de bord, trop épaisse pour cet usage à mon avis.

    Une belle réussite, bravo pour votre reportage très précis, comme d’habitude 🙂

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