Souvenirs d’Autos (201): Un secret de famille enfin révélé…

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Ce « difficile moment » est écrit par Chapman, un habitué de POA, dont certains vous connaissez les fréquents commentaires. Merci à lui. Ce n’est pas toujours facile de se « mettre à table ».

Nous sommes à la fin des années 70, je viens d’avoir mon permis. Je conduis très régulièrement depuis l’âge de 12 ans ce qui me donne une assurance et une décontraction qui n’est pas en rapport avec mes qualités réelles de conducteur. J’emprunte la voiture de papa pour me rendre avec des amis à une soirée en banlieue parisienne.

La R16 TX est une voiture plutôt haut de gamme et performante qui m’encourage à montrer à mes amis l’étendue de mes talents.

Nous quittons la capitale par la porte d’Orléans en direction de l’autoroute du sud. Pour ceux qui connaissent cette sortie, ils savent la difficulté que représente le premier tunnel en S dont le dernier virage à droite se prolonge et se referme dangereusement.

Une vitesse excessive, une voiture chargée et un manque évident d’expérience ajouté à la force centrifuge pousse inexorablement la « 16 » vers l’extérieur du virage et c’est le mur en béton (heureusement biseauté) qui guide l’auto dans une formidable gerbe d’étincelles, vers la sortie du tunnel.

La vitesse est heureusement retombée et nous reprenons notre trajectoire dans un silence de mort. Soirée gâchée; je me demande comment je vais annoncer la nouvelle à mon père.

J’invente une histoire rocambolesque d’une voiture nous ayant doublé par la droite et poussé contre le mur. Papa est perplexe mais s’incline devant ma force de conviction.

Une quinzaine de jours plus tard des jeunes ont un accident très grave dans ce tunnel, poussés par une voiture qui les dépasse par la droite devant témoins.

Mon histoire est validée par ce drame et mon père se félicite que nous nous en soyons sorti.

Je ne suis pas spécialement fier de cette histoire.

Jusqu’à sa mort papa ne saura rien de ma duplicité et la R16 gardera la trace de cet incident sur son bas de caisse jusqu’à sa revente quelques années plus tard.

Je crois qu’à part ceux présent dans la voiture ce jour là, vous êtes les premiers à apprendre ce qui s’est passé ce soir là.

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

L’avis des Petits Observateurs !

11 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (201): Un secret de famille enfin révélé… »

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  1. Pierre_

    Vous venez de vous affranchir d’un vieux  »mensonge », de vous libérer la conscience.
    Pas de remord, Papa avait sans doute compris quelque chose.
    Merci de votre confidence.

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  2. chapman

    Vos commentaires me vont droit au cœur et apaisent mes remords. La vie m’a donné deux beaux garçons qui m’ont appris qu’en effet, la seule chose qui compte pour un parent, quand ils nous ramènent notre carrosse abîmé (quand il roule encore), c’est de voir qu’ils vont bien, qu’ils se sentent un peu merdeux et qu’à priori ils ont appris quelque chose.
    Ce qui est intéressant et drôle c’est de voir les stratégies qu’ils déploient pour nous faire passer la pilule.

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  3. Pierre_

    Il n’est jamais trop tard pour se délivrer d’un secret, de s’en affranchir.
    Nous avons alors la conscience tranquille, n’ayons pas de remord. Papa aura compris sans aucun doute.
    Merci de votre confidence.

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  4. Nabuchodonosor

    Encore un formidable récit Commandant.
    Merci mon cher Chapman de nous faire primauté du secret qui vous rongeait les sangs depuis si longtemps. Fort heureusement les anges de Georges Saupique veillaient sur vous et vos amis ce soir-là. La meilleure volonté alliée à la meilleure tenue de route du monde ne peuvent rien face aux lois physiques de la nature. Votre excès d’optimisme doublé du mensonge vous auront servi une leçon que l’on n’enseigne pas dans les auto-écoles et qui pourtant ouvre la sagesse au volant… Cela vaut bien un peu de tôle et d’amour propre froissés sans-doutes.
    Prescription ou pas, en attendant que sonne l’armistice dans votre cœur nous resterons muets comme une tombe.
    Nabulamadelon

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  5. Arnaud T

    Tant que c’est de la tôle… Ce genre d’incident permet parfois de se prémunir de beaucoup plus grave quand on sait en tirer la leçon. C’est ce que j’essaie de me dire à chaque fois que je perds un point.

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  6. Learch

    Trois jours au frigo pour le Commandant !!!

    Pour vot’ papa, ne culpabilisez pas, il savait… ce qu’il faisait…
    le remord n’est-il pas la pire des punitions que l’on peut infliger ?
    Un mensonge contre un remord, un partout, la balle au centre.

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  7. Gran Turisto

    Ce n’est pas ici qu’un quelconque jugement sera donné… Nous avons tous quelques « crypto-rayures » dont nous ne sommes pas fiers…
    Ce n’est qu’une fois parent à notre tour que nos errements passés avec la réalité démontrent leur faible pouvoir de persuasion… On fait gentiment semblant d’y croire et on pardonne à l’intérieur…

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  8. Colin Chapman

    Fiston,

    Je savais ton adoration pour l’automobile c’est pourquoi j’ai en effet fermé les yeux sur tes explications rocambolesques. Tu avais ce jour-là surestimé tes capacités de pilote et froissé mon auto, je n’ai pas voulu enchérir en froissant ton orgueil. La R16 était chargée et tu as oublié l’essentiel. Maintenant que tu es en paix avec toi-même, tu vas pouvoir vivre enfin le cœur léger.

    Light is Right fiston, retiens cette leçon.
    Bien à toi.
    Ton papa qui t’adore.
    Antony Colin Bruce.

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  9. Huiledecannes

    Cher Chapman toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire !
    Je pense que ton père n’a pas été dupe, et qu’il s’est contenté de ton histoire à dormir debout en se disant que tu devais déjà être bien assez puni avec tes remords…
    Je confirme, on à tous les mêmes histoires, pour ma part j’en ai une sous le coude que je confesserai un jour au commandant, j’attends que le temps gomme encore un peu ma culpabilité…

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  10. MICHAEL

    40 ans…il y a comme qui dirait prescription ! mais bravo pour cet « aveu » qui doit alléger la conscience.
    Pour vous aider un peu plus, sachez qu’on a tous à peu près les mêmes histoires…

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