Volvo 1800 S. En voiture Simon !

Produite à 47 000 exemplaires entre 1960 et 1973, le coupé Volvo 1800 S a été peu diffusé en France à cause de son prix trop élevé et du manque d’image sportive de la marque suédoise. 50 ans plus tard, c’est devenu un classique.

Les photos ne permettent pas d’imaginer comme la Volvo 1800 S est une petite voiture aujourd’hui avec seulement 1,29 m de haut.

Titre un peu facile je l’avoue en forme de clin d’œil à la série télévisée  » le Saint » des années 60 avec Roger Moore dans le rôle de Simon Templar qui roulait au volant d’une Volvo P1800 au long des 118 épisodes. Titre dérivé de l’expression  » En voiture Simone  » où je me sens plus légitime pour avoir connu Simone Des Forest pilote automobile d’avant-guerre dont les exploits automobiles avaient engendré cette expression populaire.

L’arrière offre un dessin très original avec une forte inclinaison de la lunette arrière limitant sa visibilité

Le millésime 1965 offre encore une baguette latérale qui suit la moulure de porte. Elle sera rectiligne dès 1967 en allongeant son profil

D’abord un minimum d’histoire avant d’évoquer la 1800 S aussi neuve qu’une neuve de Philippe. Le constructeur suédois Volvo pensait déjà depuis longtemps produire un coupé sportif destiné surtout à la clientèle US. Réalisé sur la base de la berline 122 Amazon, ce coupé fut dévoilé au salon de Bruxelles 1960. Dessiné chez l’italien Frua par un styliste suédois indépendant nommé Pelle Peterson, le fils du créateur de la Volvo 444, ce coupé 2+2 offrait une silhouette terriblement séduisante. Elle se caractérisait par un interminable capot, une calandre gourmande inspirée par celle des voitures de course d’alors, un original jonc chromé latéral jaillissant vers l’avant et une légère amorce d’ailerons arrière barrés de feux horizontaux.

Petits ailerons type US s’opposant à des Feux horizontaux. L’échappement à double sortie donne une sonorité plus sportive

Mécanique de la berline 122

Mécaniquement, elle était très proche de la berline 122 dont elle reprenait le soubassement et sensiblement la mécanique dans sa version la plus puissante. Le bloc B18 peint en rouge 4 cylindres de 1800 cm3 alimenté par deux carburateurs délivrait tout de même 100 ch SAE (90 DIN) ce qui n’était pas grotesque face à la puissance d’une MGA ou TR3 de cylindrée équivalente. Le P1800 innovait par des freins à disque à l’avant et un overdrive électrique optionnel sur le quatrième rapport. Sous une carrosserie mieux profilée, cette mécanique autorisait une vitesse de pointe de plus de 165 km/h.

Au fil du temps, le P1800 évolua en suivant les améliorations des divers modèles de la firme de Göteborg qui s’était investie en rallye avec sa 122 S. Construite en Angleterre son montage fut d’abord sous-traité chez Jensen. Mécontent de ce carrossier, Volvo rapatria son montage en Suède dès 1963 en la rebaptisant S pour Suède même si la lettre de P (Personvagn) lui colla à la carrosserie jusqu’à la fin de sa vie.

Au fil des années, elle passa successivement de 100 à 130 chevaux SAE grâce au montage du deux litres de la 144 et de l’injection Bosch tout en adoptant son train roulant mieux maîtrisé. Enfin en 1972 pour relancer ses ventes déclinantes, elle évolua en version ES (Estate) sorte de magnifique break de chasse qui lui redonna avec une seconde vie jusqu’en fin 1973 où 8077 exemplaires se rajoutèrent aux 39 414 exemplaires du coupé 1800.

Moteur B18 au bloc peint en rouge copieusement alimenté par deux carburateurs SU au filtre à air type camembert

« J’ai appris à coudre à la machine »

Il y a quatre ans que Philippe a acheté sa 1800 S millésime 1965 au moteur poussé à 96 ch DIN (108 ch SAE) importée de Californie.  » Elle était saine et présentait bien mais restaurée à l’américaine. Quand j’ai décapé la carrosserie, je me suis rendu compte qu’elle avait été bouchée à coups de polyester. On m’avait dit, une Volvo, c’est indestructible. Hélas, pas la mienne. Le moteur était mort, la boîte était à refaire et il manquait des dents dans l’overdrive ! « . Philippe a entièrement déshabillé sa 1800 S, refait la carrosserie (voir photo), le moteur, la boîte, l’overdrive, les freins, la direction, le pont, tous les silentblocs. Il a même appris à coudre à la machine pour refaire les sièges.  » Chez Volvo, on peut retrouver toutes les pièces soit chez le constructeur, soit en Angleterre. C’est bien, mais hélas, elles sont hors de prix avec, par exemple, 54 euros le minuscule clip de maintien du pare-soleil » se plaint-il. Après deux années de restauration, repeinte en rouge, sa 1800 S semble aussi neuve qu’en 1965 où elle était affichée en France à 24 475 francs, soit sensiblement l’équivalent de 75 000 euros actuels.

On peut qualifier cette planche de bord de petit chef-d’œuvre esthétique. Remarquez le court levier de vitesses et le frein à main à la gauche du siège conducteur

Instrumentation britannique de marque Smiths sur fond bleuté. Le volant avec les fameuses branches à trous fut modifié en 1967 au grand dam des acheteurs de 1800 S

Admirable planche de bord

Une 1800 S attire aujourd’hui surtout pour sa silhouette ravissante. Leitmotiv habituel lorsqu’on essaie une voiture des sixties, sa compacité étonne comparée au parc roulant actuel. Avec 1,29 m de haut, il faut vraiment dégringoler dans l’habitacle pour prendre place au volant. Il étonne avec une visibilité aussi restreinte que dans une moderne à cause des sièges positionnés très bas s’opposant à une ceinture de caisse très haute. L’œil est enchanté par le dessin original des poignées de contre-portes et des beaux sièges semi-intégraux où se plaque le frein à main à gauche du conducteur comme toutes les Volvo de cette époque et le court levier de vitesses. Il est carrément fasciné par cette admirable planche de bord en métal chromé parsemée de nombreux cadrans et le grand volant à deux branches trouées étonnamment vertical imposant une position de conduite vintage.

Mon plaisir, c’est d’abord de restaurer

Hormis une sonorité aux notes graves due aux deux gros carburateurs SU et à un échappement spécifique à deux sorties, le 1800 cm3 qui privilégie la robustesse et la souplesse ne distille aucune velléité sportive même si le millésime 1965 frôlait les 170 km/h. Cette voiture conçue il y a près de 60 ans explique sa direction à boitier au rayon de braquage impossible, avouant une pesante imprécision tandis que l’essieu arrière tout ce qu’il y a de rigide se dandine volontiers sur mauvais revêtements. Sous sa livrée évocatrice de sportive, la 1800 S n’était pas une véritable voiture de sport comme on l’imaginait à l’époque.

 » J’avoue que je m’attendais à une voiture plus sportive. Mais elle est agréable surtout sur les longs parcours sur bonnes routes. Mon plaisir est de restaurer pas de posséder. Lorsque une voiture est achevée de restaurer, elle perd de l’intérêt à mes yeux » reconnait ce passionné qui conduit aussi un rare cabriolet Simca Océane dessiné par Facel qu’on s’est promis d’essayer dans quelques mois pour POA.

Avant de se quitter, un dernier regard sur cette séduisante planche de bord et sur son esthétique racée qui engendre une sensation de vitesse même à l’arrêt. On comprend que Roger Moore réputé pour son goût exquis ait été à titre personnel propriétaire d’un coupé 1800 S à la fin des années soixante.

La 1800 S reprenait les roues (165X15) et tout le train roulant (suspension, freinage) de la 122 S puis de la 144 (très proche) dès 1967

Philippe a entièrement reconstruit sa 1800 S et changé de nombreuses pièces.
Extrêmement doué de ses mains, Philippe avoue prendre plus de plaisir à restaurer qu’à rouler.

Roger Moore roulait en Volvo P1800 dans la série « Le Saint  » parce que Jaguar avait refusé de prêter une Jaguar E aux producteurs.

L’avis des Petits Observateurs !

11 commentaires au sujet de « Volvo 1800 S. En voiture Simon ! »

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  1. Pierre

    L’esthetique racée des tableaux de bord des annees 60……
    Certes l’ergonomie n’etait pas toujours de bon niveau (chaque marque ayant tendance à disposer ses commandes à l’inverse des concurrents)…mais au moins la difference etait la norme !

    Quand à cette 1800, ses ventes decevantes etaient imputables à un reseau tres restrient et pas toujours tres pro….et des concurrentes pertinentes avec daja des allemandes plus elaborées (Bmw 2000 c, 230 Sl….ou Manta en + accessible), et des italiennes abordables et bien plus petillantes (mais pas fiables)….Alfa , Fiat 124…).

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  2. Huiledecannes

    Moi, c’est l’inverse je préfère rouler que restaurer, si Philippe veut s’occuper de mon coda tronca, je me charge de faire rouler sa sculpturale volvo ! 🙂
    Une réelle beauté, qui m’a toujours fasciné. Merci oncle Pat de nous rappeler le prix de vente de l’époque, c’était pas à la portée de toutes les bourses de s’offrir la belle suédoise…

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  3. Pierre_

    Superbe.
    Je l’ai découverte cet été lors d’une expo rétro.
    Son propriétaire achète les pièces en Allemagne.
    Sportive de luxe à l’époque au vue de son prix très élevé.
    En examinant l’arrière, on comprend qu’elle devait partir aux USA
    Que de travail Philippe, bravo.
    Une belle Auto.
    Merci de ce bel envoi Patrice.

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  4. Outdoor74

    Bonjour !
    Je ne sais pas quel est le métier de ce Petit Observateur nommé Philippe, mais c’est extraordinaire tout ce travail accompli. Ce n’est plus de la petite observation, ni même de la passion, mais un véritable talent. Mécanique, carrosserie et sellerie… Incroyable autant de qualités chez un même homme ! Vraiment bravo !

    Ce sujet est bien rafraîchissant après le Mondial de l’Auto…

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  5. chapman

    Même si le dessin de ce modèle frise la perfection, j’avoue ma faiblesse pour la version ES et son « coffre vitré » . J’ai possédé une 122S au début des années 80. J’en garde le souvenir d’une auto qui semblait indestructible mais qui coûtait très cher à entretenir. Le prix des pièces Volvo n’est pas une légende. C’est costaud mais quand il faut changer….Aïe!

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  6. Georges Piat

    Je retrouve le bloc moteur de la 145 de mon père. Évidemment, nous on avait le bon vieux filtre à air. Par contre, j’avais l’impression que le bloc était peint en vert sur le break et la berline…
    Je ne savais pas que le prix était aussi élevé à l’époque.
    Le travail est magnifique, j’admire, c’est vraiment beau à voir.

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  7. Dubby Tatiff

    Quel boulot ! Apparemment Philippe a décapé la caisse avec un abrasif et peut-être un décapage chimique en préambule. Je crois que dans son cas, j’aurais loué une sableuse. Je crois deviner également qu’il a changé ou réparé des éléments corrodés. Je n’aurais pas le courage.

    Refaire un moteur de cette époque et le régler entièrement, je saurais m’y mettre et arriver à bon résultat. Mais la carrosserie c’est un métier qui ne s’improvise pas.

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