Souvenirs d’Autos (194): Prendre la route en « Luxe Spécial »

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire, je devrais dire plutôt ce « moment de vie » (Je ne vous cache pas que j’en ai eu les larmes au yeux…) m’a été envoyé par Maxime qui est designer. Le Président et le PM l’avaient rencontré au Canada lors de leur road-trip en C3 Aircross (https://www.youtube.com/watch?v=9r_IDlZ12DI).

 

Oubliez tout ce que vous voyez sur les voitures : L’auto pilote, les taxes, l’hybride, les tablettes, etc.

Souvenez-vous de l’odeur, des vibrations, des sons.

Dans ce passé que j’oublie, c’est mon père qui conduisait.

Chaque été, c’était LE VOYAGE, direction Paris, voir la famille.

On prenait les petites routes de campagnes, au ralenti, profitant du paysage.

Ma mère à l’avant, gérait le tout, discrètement. Avec mes sœurs, on comptait les voitures rouges ou on cherchait le numéro des départements sur les plaques d’immatriculations noires.

L’odeur des sièges en velours, entre la poussière et le cambouis, me donnait mal au cœur.

Enfoncé dans la mole banquette arrière, Je regardais le tableau de bord bleu foncé et son reflet dans le pare-brise. Je voyais les vignettes de couleur, avec les années écrites à l’envers.

Avant de revenir par le rétroviseur extérieur où je cherchais du regard, mon père, fixé sur la route, dans le silence de ses pensées.

J’étais en confiance dans la Renault 20 LS. Grise, carré et pataude, comme une armure.

Ce n’était pas le grand luxe, mais c’était bien.

 

L’aiguille du compteur de vitesse vibrait. Rien n’était précis, ni même mes souvenirs.

Avec un bras plus foncé que l’autre, il était routier, mon père. Connaissant chaque petite route de France avec toutes les cartes routières dans la boite à gants. Jamais fatigué, il conduisait pendant des heures.

C’était déjà nos vacances.

Quand je lui demandais ce que le LS, écrit à l’arrière de la voiture, voulait dire ? Il me répondait que c’était pour « Luxe Spécial ».

Je sais aujourd’hui que c’était un « luxe spécial » de rouler en famille, sur les petites routes de France.

Trente ans plus tôt.

Comme dans un film en noir et blanc, Les nationales sentaient la gitane, et l’essence des stations-services. Le vent dans les peupliers me faisait du bien.

Peu de temps après, dans son camion, la route a voulu le garder à jamais…

 

 

Mais maintenant, face au miroir, je le reconnais dans mes paupières lourdes et mes nouvelles pattes d’oies. Je sais qu’il est là.

Et si aujourd’hui, je ne retrouve plus cette atmosphère,

Quand je prends la route avec mes enfants à l’arrière. – Il n’y a ni odeur, ni cartes routières, ni vibrations –

Parfois, dans le rétroviseur intérieur, Je les observe discrètement sur la banquette arrière/

Ils regardent le tableau de bord et le paysage, avant de revenir par le rétroviseur extérieur.

Ils me cherchent du regard… moi, le père.

Et la, on se retrouve, avec un sourire.

Puis je fixe la route, dans le silence de mes pensées.

 

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

22 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (194): Prendre la route en « Luxe Spécial » »

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  1. Velam

    Et bien voila, en vous lisant je me revoie à l’âge de 6-8 ans. le rituel commence par une vidange avant le grand voyage. Puis, c’est le départ, je suis debout derrière mon père, le menton posé sur le haut du siège entre la vitre et l’appui tête. C’est une douce nuit de début août, nous quittons la Picardie pour la Côte d’azur. Tous les ans c’est la même chose je veux rester éveillé jusqu’aux lumières des tunnels du Périph. Comme vous je revois les instruments de bord, je ressent les fraîcheurs de la nuit par la fenêtre ouverte à chaque gitane grillée par mon père. je sent encore les parfums mélangés de cigarettes, de carburant, de goudron, de gazon tondu dans la journée… et plus encore celui de mon père.
    Aujourd’hui je suis sûr qu’il roule à l’infini sur des rubans de bitume dont il invente les trajectoires au grès de ses envies.
    Quand je roule, je suis un peu triste de voir mon fils harnaché dans sa coque de protection tentant en vain de voir la route et les instruments en se penchant tant qu’il peut.
    Je me console en me disant qu’il se fait ses propres souvenirs de voyages en auto avec plus de sécurité.
    Merci à vous tous, à Maxime,
    Pas facile de retourner dans le 21ème siècle et de reprendre le travail.

    Go POA

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  2. Pierre_

    Superbe,
    Ce n’est pas un souvenir mais une confidence que nous livre Maxime dans ce récit.
    Observer le père, régler notre pas sur son pas, grandir dans la complicité.
    Mais ce papa là est parti… terrible injustice.
    Maxime nous envoie une ‘claque au coeur’. Emouvant.
    Merci Commandant.

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  3. Gran Turisto

    Le P de POA, c’est pour quoi dejà?… Poésie?

    Mais sinon, il va falloir songer à sortir de ma tête, même si vous avez bien tenté de remplacer la Peugeot par une Renault, inverser l’itinéraire et ajouter une fin bien triste pour brouiller les pistes…

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  4. Alain

    Papa était très Peugeot. D’abord la 404, puis la 504. Maman préparait les valises, lui chargeait, et nous partions de la région parisienne pour aller en Charente, un peu plus de 400 km. Papa était seul à conduire, maman n’a jamais voulu apprendre. Maman devant et nous trois avec mon frère et ma soeur sur la banquette arrière. On se battait un peu pour ne pas avoir la place du milieu, moins confortable. En plus on partait avec la cage des serins, papa aimait bien ces petits oiseaux, et parfois même le bocal avec le poisson rouge. Pas d’autoroute, les nationales et les petites départementales, c’était plus long, mais on faisait moins de kilomètres. On s’arrêtait à Saint Aignan, toujours dans la même boulangerie, parce que le pain au chocolat était presque 2 fois plus gros. On espérait que papa s’arrêterait dans. un station Fina pour avoir des bons afin d’avoir le petit bateau gonflable, au final on a eu une bouée. Il y avait des points de repères, un village Angle sur l’Anglin avec le panneau indiquant un des plus beaux village de France, à Chauvigny, je me disais on est bientôt arrivés. Et en arrivant, imaginez 2 mois de vacances à la campagne, nous qui étions le reste de l’année en ville, quelle liberté.
    Merci de nous avoir permis de lire ce très beau texte, ça me permet de me souvenir de ces heureuses années quand j’étais enfant.

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  5. JFR

    Très beau témoignage, ça me rappelle tant de souvenirs où nous partions en direction de la Bretagne en Renault 20 TL pour des fêtes de famille, alors que l’autoroute n’allait que jusqu’au Mans… La R20 était bleue avec l’intérieur en « mousse » et les contre-portes en skaï noir. Les vitres se remontaient à l’huile de coude, et la voiture avait une consommation de Cadillac… On se partageait la banquette arrière avec mes deux frères. Etant l »aîné, j’avais la place derrière Papa (c’était stratégique, car Maman reculait toujours plus le siège parcequ’elle emportait toujours avec elle une multitide de sacs et cabas divers), le cadet derrière maman, et le benjamin au milieu…. là ou l’accoudoir fromait une bosse. On ne lui avait pas laissé le choix. A la radio passaient Claude François, Dalida, Boney M, les Bee-Gees, Sheila et les B-devotions et mon héro préféré…. chanté par Noam: Goldorak !… J’avais 8 ans, c’était en 1978… Cétait une autre époque. C’était super.

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  6. chapman

    J’ai toujours pensé qu’il y avait du ventre de la mère dans une auto, cette impression de cocon, cette tiédeur douillette….. Je me rends compte aujourd’hui qu’il y a aussi beaucoup du père et que pour des générations comme la mienne (bientôt sexagénaire) ou celui ci, absorbé par son travail, était si peu présent au quotidien; c’était une rare occasion d’être avec lui.
    Papa, mon cher papa, comme j’aimerais voir encore ta nuque depuis la banquette arrière.

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  7. Jean-Nicolas

    Je n’en ai que bientôt 40 et pourtant ces souvenirs me hantent encore. Couché sur la plage arrière de la r30 paternelle à regarder les voitures et à écouter les chaussettes noires ou James brown. Ma mère qui nous a quittés aujourd’hui adorait « man , man’s World ».

    Oui moi aussi j’ai écrasé une larme et j’espère que mes enfants auront aussi de tels souvenirs à partager.

    Finalement nos voitures sont des capsules temporelles et c’est pour ça je crois que tout bagnolard qui se respecte est d’abord un type ou une femme d’une grande sensibilité…

    Merci à vous Maxime

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  8. Georges Piat

    Ben oui, moi aussi je croyais que ça durerait tout le temps, la Ford, le guide Michelin sur la plage arrière, l’odeur des pommes que l’on ramenait du verger des grands-parents, la pendulette du tableau de bord éclairée de nuit, l’odeur du goudron au mois d’août… Ça passe si vite les amis, tellement vite que je mets mes lunettes pour écrire ce texte !

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  9. Touringske

    Très beau texte, qui me fait penser à un autre que je m’en vais à l’instant rechercher :
    « Je me souviens … On descendait vers le Midi par des routes brûlantes, l’Aronde sentait fort l’essence et j’avais mal au cœur. On déjeunait à mi-chemin : le restaurant des familles, à Razès, nous servait pour cinq francs des menus pantagruéliques … Et quand mon père avait sommeil, il fallait lui chanter : « Passant par Paris, vidant ma bouteille …. »
    Je voyage aujourd’hui par des nuits d’autoroute aux grands soleils phosphorescents. J’aime les tons lunaires des stations-relais, le café du percolateur automatique, et la fraîcheur soudaine de la nuit contre le bruit, cette magie de traverser sans voir, de voyager sur une absence. »
    (tiré de Philippe Delerm, Un été pour mémoire)
    Comme quoi, c’est souvent le passé qui nous aide à comprendre que le présent peut être beau …
    Merci à tous !

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  10. Grég Petrolhead

    Nostalgie quand tu nous tiens ! c’est une TS en photo … la TL était le modéle de base.
    Le confort des sièges velours était incroyable … Et la pompe d embrayage hydraulique bien fragile à ses début .
    Ha les voyages en Espagne, en Italie. Elle fesait bien tourner les têtes la bas cette nouveauté Renault !
    Touchant, cette Madeleine de Proust.
    Merci et bravo!

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  11. Stephane CVS

    Très belle histoire qui me renvoie directement à mon enfance et au voyage annuel direction la Haute Savoie depuis l’ouest de la Franc.e. 800 kms a parcourir, départ 02 heures du matin, arrivée à 14h00 avec une Opel break et une remorque pour les bagages…… Nous étions cinq enfants et je voyageais avec mon petit frère dans le coffre dans lequel mes parents avaient mis un matelas épais, quelques friandises et des bandes dessinées…. Un jerrican d’essence nous tenait compagnie car les stations service n’etaient pas ouvertes 24/24….. Je me souviens que mon père passait un savon la veille sur les vitres intérieures de la voiture pour la buée (disait-il), des phares jaunes et des routiers sympas, de mon père qui coupait l’autoradio quand on traversait des villes ´importantes’ ….. Oui, une autre époque et moi aussi quand je me regarde dans le rétroviseur de ma voiture, je vois mon père ….. Ahhhh nostalgie ……

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  12. Thierry

    C’est beau … nous avons tous vécu cette expérience ou presque, nous qui sommes des années 60.
    Couchés de nuit sur la banquette arrière, les lampadaires qui défilaient sur la route des vacances.
    Par contre hors de question de dormir quand on s’engageait sur l’un des rares morceaux d’autoroute !
    C’était la joie et l’événement à bord.
    Mon père aussi prenait une Gitane de temps en temps, discrètement la fenêtre ouverte dans un ralentissement, même si ma mère tirait un peu la gueule.
    Les voyages avaient une âme, et nous fabriquions année après année des souvenirs.

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    1. DavidC

      Pour moi aussi les souvenirs d’enfance remontent en voyant ce beau véhicule.
      Nous avions la même poussette, mon frère et moi nous battions pour pousser la petite sœur confortablement installée dedans !

    2. Patrice

      Très beau texte, très émouvant. Nostalgie d’un temps où notre vie n’était pas aseptisée encore… Merci à Maxime !