Souvenirs d’Autos (190) : Putain de Paris Dakar

Par le Commandant Chatel. Quand j’étais gosse à Puteaux, ma mère avait engagé une baby-sitter tout à fait formidable. Elle était allemande, très jolie, s’appelait Ursula, étudiait à Sciences-Po et se déplaçait dans une Isetta.

 Et comme elle était très gentille, elle nous emmenait mon frère Frank et moi, à Paris au cinéma.

Nous sommes, je pense, en 1965 ou 66… J’ai 7 ans. Mon frère en a 17.

Dans l’Isetta (que je considérais comme une voiture extraordinaire grâce à cette cette porte-avant-parebrise qui s’ouvrait, le volant et la colonne de direction basculant, pour vous laisser entrer), nous montions tous les trois de front.

Dans mon souvenir, c’était très confortable.

Une ceinture de sécurité ?

Non ! Pour quoi faire ?

Nous allions aux Champs-Élysées… on se garait dans la contre-allée…

Bref, j’adorais Ursula, son accent délicieux et sa petite auto magique…

Le temps passe…

Il y a trois ou quatre ans, je passe dire bonjour à ma mère chez elle, et nous discutons de choses et d’autres… Puis, je ne sais pas pourquoi, Ursula me revient en mémoire. Et je lui demande si elle a eu des nouvelles…

Ma mère prend un air gêné. Je vois bien que quelque chose cloche. Elle me fait une réponse très évasive.

Je comprends qu’il y a un problème. Alors, j’insiste.

Elle me dit :

  • J’étais amie avec ses parents… alors, j’ai su qu’elle avait eu un accident sur le Paris-Dakar…

Puis, ma mère se lève, va dans son bureau, ouvre un tiroir et me donne une coupure de presse, chiffonnée et jaunie par le temps.

Je découvre un article qui dit en quelques mots :

  1. Un camion de ravitaillement d’essence se retourne au nord de Gao au Mali, provoquant la mort d’une journaliste de l’hebdomadaire Le Point, Ursula Zentsch. 

 Je dis à ma mère :

  • 1982 !!! Mais tu aurais pu me prévenir ! Ça fait plus de trente ans !!
  • Je sais… mais je ne voulais pas te faire de peine.

Ma chère Maman, comme tu savais protéger tes enfants. Tu me manques tant… J’imagine que tu es au paradis des romancières et des romanciers avec Alexandre Dumas que tu aimais tant.

 Ursula, je ne savais même pas que ton nom de famille était « Zentsch ». Mais je voulais te remercier, avec beaucoup de retard, d’avoir été si gentille avec moi quand j’étais enfant.

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

18 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (190) : Putain de Paris Dakar »

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  1. Pierre_

    Un souvenir émouvant est beau.
    Cette petite auto, italienne d’origine, semble conçue pour les enfants. Un défit aux productions des années 50.
    Et quel bonheur Commandant d’être monté a bord.

    ☆☆Renzo Rivolta, ingénieur italien (1908-1966), a conçu et breveté en 1950, une petite voiture qu’il produit
    dès 1953 sous le nom d’Iso Isetta. BMW cherchait à cette époque à concevoir une petit automobile et achète
    le brevet de Rivolta et en 1955 produit les premières BMW Isetta équipées de ses moteurs de moto.☆☆
    _Source bmwcar designers – http://www.bmwism.com_

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  2. Frédéric à Montréal

    Quelle émotion…
    Merci Thibaut pour ce récit qui nous parle, tout en subtilité, de deux grandes tristesses.
    Ah la vie parfois…

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  3. Learch

    Le commandant a (toujours) raison : Putain de Dakar !

    Une pensée pour le plus grand pilote de rallyes de tout les temps, inégalé, inégalable, le seul dont Dieu* se méfiait, aux temps bénis que les jeunes de moins de 40 ans n’ont pas pu connaître… une pensée pour Maître Thérier dont la carrière et la vie ont été mises entre parenthèses au sortir d’une dune africaine…

    Je pense que le jour où le Commandant croisera sur la route une Microlino avec une jolie jeune blonde au volant… hé bien… ce sera comme le jour où j’ai croisé à la réunion annuelle du club Simca France, il y a quelques années, une 1100 Ti série 2 vert adriatique et son conducteur aux cheveux grisonnants… J’espère que mon cher papa discute avec Ursula au paradis des bagnolard(e)s…

    * : Dieu, pour les incultes ou les non-croyants est Der Oberst Walter Röhrl. Tout autre Dieu du rallye est un usurpateur, au mieux un modeste apôtre, peu importe le nombre de trophées sur ses étagères. Il serait blasphématoire d’affirmer le contraire :o)

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    1. COMMANDANT CHATEL

      J’adorais le grand Jean-Luc Thérier. Un magnifique pilote d’instinct… J’ai eu ma chance de le rencontrer pendant le Tour de Corse, il y a bien longtemps….
      Si ma mémoire est bonne, avant son accident au Dakar, il était en tête avec une Visa 2 roues motrices….

    2. Learch

      J’ai eu la chance de le rencontrer aussi, enfin presque : enfant j’allais voir les grands pilotes reconnaître le Monte-Carlo, le Tour de France ou le Lyon-Charbonnières, et nous savions où ils s’arrêtaient boire un café ou à quel endroit les équipes garaient leur camions d’assistance (à l’époque il n’y avait pas de parcs comme en F1).
      Tous étaient très sympa, abordables, souriant avec les passionnés qui étaient là, et Thérier (qui détestait les reconnaissances) faisait en plus, le clown…

      Alors oui à cette époque les pilotes n’avaient pas le look du gendre idéal vendeur de rasoirs dans les publicité télé, mais tout le monde s’en fichait, ils étaient dans les meilleures équipes pour de bonnes raisons ! ;o)

      Je crois que tous les (ex-)passionnés de rallyes retiendront du Fox (son surnom du temps d’Alpine) des passages d’anthologie, toujours à fond, toujours à la limite, peu importe la voiture, du très grand art, le pilotage à son sommet ! C’était peut-être un peu moins efficace que la conduite de Dieu mais quel régal !
      http://aws-cf.caradisiac.com/prod/photos/5/0/8/314508/5176525/big-51765259a5.jpg?v=6

      Je crois me souvenir que la Visa était une dérivée de la 1000 Pistes, donc 4 roues motrices, mais toujours avec son petit moteur… le roi Jean-Luc était devant des moteurs trois fois plus puissants…

      Depuis cet accident il a perdu l’usage d’un bras, il n’a cessé de souffrir des séquelles, et actuellement cela s’est transformé en une maladie que l’on nomme « longue », quelle tristesse et en même temps quel courage, god save the king !

    3. Learch

      Mais ?! Un commandant ne dit pas « désolé ». Un coup de mou ? Allez 15 jours de vacances en + avant la rentrée à la caserne ! :o)
      Mes respects !

  4. Nabuchodonosor

    Commandant :
    Permettez que je vous adresse ces quelques strophes qui ne sont pas de moi et qui, je le crois, peuvent convenir à votre quête et tenter d’apaiser vos tourments :

    « … Je te réponds ma lycéenne
    Moi qui ne suis plus lycéen
    Tu veux quelqu’un qui te comprenne
    Je te comprends j’essaie au moins
    Le temps qui passe me fait de la peine
    Et il nous sépare déjà
    Mais tes angoisses et puis les miennes
    Viennent à se ressembler parfois
    Je te réponds ma lycéenne
    J’aimerais être lycéen
    J’attends quelqu’un qui me comprenne
    Si c’était toi ce serait bien ».

    Nabuému

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  5. Velam

    Mon commendant, s’agissait’il d’une isetta ou d’une velam ?
    Je suis succeptible sur la question.

    Merci pour ce recis qui nous fait le plein d’emotions.

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