Alpine GTA Turbo (1985) : à collectionner d’urgence

Par Patrice Vergès. L’engouement suscité autour de la nouvelle Alpine A110 donne l’envie d’en reconduire de plus anciennes. Après la Berlinette 1300 S, l’A310 V6 déjà essayées par POA, nous vous invitons à vous glisser dans les 119 cm de l’habitacle de l’Alpine GTA Turbo de 1985.

L’arrière est plus agressif et plus épais avec un becquet intégré. La vaste lunette arrière ouvrante sert à accéder au moteur

Lorsque l’Alpine GTA vit le jour en 1985, elle suscita de grands d’espoirs. Pour la première fois, la marque française proposait un modèle capable de taquiner sérieusement une pointure comme la Porsche 911 Carrera. Il était même envisagé de la vendre aux USA.

Dessinée il y a presque 35 ans, la GTA offre des volumes encore actuels. Sa carrosserie lisse offrait un CX très performant de 0,28

Grâce à son V6 2,4 l turbocompressé poussé à 200 chevaux, un silhouette hyper-aérodynamique (Cx de 0,28 sur la version atmosphérique), la GTA (Grand Tourisme Alpine) pointait son capot profilé à plus 250 km/h, avalait le zéro à cent en 7 secondes et le 1000 mètres en moins de 27 secondes ! De sacrés performances il y a plus de 30 ans. Elle était plus habitable que la Porsche, plus confortable, plus sûre au niveau de sa tenue de route et enfin bien moins chère. Et bien, malgré ses indéniables qualités, des articles très positifs voire dithyrambiques dans la presse spécialisée, la GTA ne put jamais concurrencer sérieusement l’allemande. Elle ne fut vendue qu’à 6 594 unités jusqu’en 1991 où la 610 lui succéda avec encore moins de succès. Le nom Alpine n’était plus porteur….

C’est le styliste Marcello Gandini qui avait dessiné la planche de bord dont le dessin pas assez sportif avait déçu

Atmosphérique ou turbo au choix

Dérivée de l’A310 V6 à qui elle succéda après dix ans de bons et loyaux service, la GTA gomma ses principaux vices. Plus puissante de 50 chevaux, elle proposait des performances plus élevées et si son moteur V6 était toujours monté en porte à faux à l’arrière, une meilleure répartition des masses générait une conduite moins pointue. Disons moins….. vivante. Plus typée grand-tourisme, elle procurait une plus grande habitabilité pour ses passagers, un confort supérieur et un silence accru à bord. C’est ce que confirme toujours, Guy son propriétaire  » Je l’utilise sur longs parcours uniquement. C’est une voiture confortable, assez silencieuse et rapide. On voyage sans fatigue. Lorsque je suis allé l’acheter, j’avais très mal au dos. J’ai parcouru 100 km pour l’essayer. En sortant, mon mal au dos avait disparu « .

On critiqua surtout sur la GTA, la qualité des plastiques et des tissus trop proches de ceux d’une Renault 5. En option, il était possible d’avoir une sellerie cuir

Vous reconnaissez Guy ? Il nous a déjà présenté sa belle R8 Gordini 1300 il y a quelques mois. Comme cette dernière, la GTA Turbo est la voiture qu’il n’a pas pu s’offrir à 30 ans mais ce qui a été possible à 60 ans surtout que ses tarifs restent très raisonnables.  » Je l’ai achetée en 2014. Sortie fin 1985, elle ne totalisait que 53 000 km. Elle était dans un état exceptionnel et entièrement d’origine avec ses grosses jantes BBS optionnelles. Elle est matching numbers ».

Feulement rauque

Sa voiture est toujours impeccable bien que Guy ait rajouté depuis 20 000 kms au compteur. Sa carrosserie en composite n’offre aucune crique et la peinture brille comme fin 1985 lorsqu’elle est sortie des usines Alpine de Dieppe. Surbaissée et épanouies aux flancs lisses faisant songer à un gros bonbon, la GTA ne laisse pas imaginer qu’elle a vu le jour il y a plus de trois décennies. Posée sur ses gras 255 à l’arrière, contre 195 devant, la voiture semble bien accrochée à son train arrière mafflu au becquet intégré.

Nous descendons à son bord où il faut adopter une position couchée, jambes tendues, enfoncés sur des sièges étonnamment moelleux pour une sportive. Contact. Guy laisse chauffer tranquillement le V6 qui émet un feulement rauque exacerbé par le pot inox à deux sorties qui a remplacé celui d’origine. Le moteur est enfin chaud, on peut tirer dessus.

Monté en porte-à faux arrière, le V6 de 2458 cm3 gavé par un turbo Garrettt et échangeur d’air qu’on aperçoit délivrait 200 ch et surtout du couple dès 2500 tr/mn

Pschitt !

Je vous assure que ça pousse encore très fort une GTA Turbo surtout quand le gros Garrett se met en pression et siffle dans les oreilles avant le « pschitt » explosif du waste-gate. Quelles belles notes !  » Sur route, elle reste très silencieuse, on ne crie pas pour se parler comme dans la Gordini. Quand j’arrive dans un village, je baisse la glace électrique pour écouter la musique du moteur !  » explique Guy. On le comprend.

Les jantes d’origine ont été remplacées par des BBS plus agressives chaussées de gros 255 à l’arrière chargés de donner de l’adhérence (il n’y avait pas d’anti patinage à l’époque)

La GTA était mue par la V6 PRV de la Renault 25. Soit la version atmosphérique de 2,8 l délivrant 160 chevaux, soit le 2,5 l turbocompressé à manetons décalés au cycle d’allumage plus régulier de la 25 Turbo donnant 200 ch à la sonorité est plus lissée. Pendant que la Porsche 911 se bonifiait en Carrera 2 poussé à 250 ch équipée enfin d’une suspension plus performante, l’Alpine régressait en perdant 15 chevaux en gagnant un catalyseur. Malgré quelques séries spéciales, elle ne fit que perdre des ventes au lieu d’en gagner comme sa concurrente. Ne croyant plus à la marque, Renault refusa toutes propositions de perfectionnements notamment une version 265 ch étudiée par le regretté Bernard Piérangeli. Dommage !

Finition Renault

En fait, le plus gros reproche qu’on adressa à la GTA en son temps, fut sa planche de bord au dessin inattendu sur une sportive signé Gandini. Elle était réalisée en en plastique grossier qui faisait trop bon marché avec des instruments empruntés à la gamme Renault 5. C’est vrai que c’est encore assez choquant ce plastique brillant. Pourtant l’équipement était de haut-niveau et les portes disposent même d’une commande électrique pour faciliter leur ouverture.

La GTA année 85 était encore une voiture vivante sans direction assistée et sans ABS qui exigeait qu’on s’en occupe surtout à haute vitesse.  » J’évite de prendre les autoroutes, je préfère les petites routes où je me fais plaisir. C’est un vrai régal car on la place où on veut. Je tourne parfois sur le circuit de Nogaro. Un régal ! « 

La GTA offrait véritablement deux petites places de secours et un habitacle assez spacieux

.« On en a pour son argent ! »

C’était le titre de l’essai fin 1985 de l’Auto-Journal qui avait été très impressionné par la GTA qui avait été chronométrée à 261 km/h et 26,7 secondes aux 1000. A 210 000 francs (environ 60/70 000 euros actuel), la GTA Turbo était une sacrée belle affaire comparé à une Porsche 911 qui dépassait les 300 000 francs. Aujourd’hui encore car c’est l’Alpine qui côte le moins avec un prix de vente moyen de 20/25 000 euros. Somme qui en fait le rapport prix-vitesse-plaisir l’un des moins chers du marché. Pas question de la vendre pour Guy. « J’aime sa ligne lisse, son bruit magnifique, ses performances très élevés et son confort « . Comme la fois précédente, nous évoquons la nouvelle Alpine A110 qu’il est allé admirer mais ne pas encore essayer.  » Je ne dis pas qu’un jour…. « . On peut lui faire confiance.

Vous reconnaissez Guy qui nous a déjà dévoilé sa R8 Gordini il y a quelques mois !

09 La Coupe Alpine Europa Cup a connu beaucoup de succès entre 1985 et 1989. Alpine avait construit 69 GTA Cup plus affutées développant 250 ch !

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Alpine GTA Turbo (1985) : à collectionner d’urgence »

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  1. Claude

    J’en ai vues à vendre à moins de 20 000 E avec moins de 50 000 km. Comme vous, je pense que c’est « la  » voiture à acheter en collection.

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  2. Paul

    Je possède une GTA centre Alpine depuis plus de 20 ans état d’origine intérieur tout cuir jantes BBS facture Alpine de l’époque…je ne la montre pas tout le monde voudrait me l’acheter. Hommage à Bernard Pierangeli pour cette belle auto !

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  3. Marc B

    A collectionner d’urgence…mouais…

    Je ne connaissais pas l’histoire de cette défaite commerciale face à Porsche même si je m’en doutais, on repense aussi aux autres échecs sur les berlines française haut de gamme (R25, Safrane, Vel Satis et j’en passe chez PSA…)

    C’est très intéressant à l’heure de la sortie de l’Alpine A110, cet article éclaire de façon évidente ce qui risque (hélas) de se reproduire pour cette nouvelle mouture…Les commentaires dans la presse donnent quelque part un écho à ceux de l’époque sur les rappels « Renault » dans l’habitacle. Les remarques sur les commodos de « Clio » dans la nouvelle A110 sonnent comme le sombre précurseur d’une voiture dont la cote va dégringoler rapidement malgré ses qualités routières évidentes.

    Pour avoir essayé le dernier Porsche Cayman 718 à 4 pattes et cette dernière A110, je peux dire qu’avec la première on a l’impression de mettre son argent dans un coffre-fort à la banque et avec l’Alpine on joue avec les Daltons qui coursent la Wells Fargo.

    Un bijou d’un côté et un jouet de l’autre…Mais revenons au sujet, Alpine Vintage…oui le « buzz » Alpine A110 2018 va redonner un coup de chaud au marché de l’occasion Alpine mais dans la durée je suis sceptique d’autant que les réglementations de circulation et notamment le contrôle technique vont se durcir…J’ai vu récemment une R5 turbo a presque 100.000 euros dans les annonces, désolé mais je passe mon chemin, cela ne me fait pas rêver car je l’ai connu beaucoup moins désirée, c’était avant la mode spéculative de l’auto vintage…

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  4. Franck

    J’en ai conduite une assez souvent car elle appartenait à un bon copain garagiste. C’était assez pointue mais qu’est ce que ça marchait fort surtout la version turbo d’autant qu’il était facile de rajouter des chevaux ! la sienne était une vraie fusée.

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  5. Raoul volfoni

    Cette Alpine j’en ai rêvé gamin en lisant les articles de Sport Auto ou Option Auto avec des Gta « tuning » équipées de jantes Azev 5 branches et puis des années plus tard j’en ai essayées et la quelle déception….
    La direction floue, le moteur pas très puissant, le freinage enfin le système de ralentissement avant avec des freins avant de super5 Gt turbo bref parfois les fantasmes d’ado…… doivent parfois rester des fantasmes dommage car la ligne est toujours d’actualité

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  6. SIL

    Je suis fan (je préfère le dessin plus brutal de l’A310), mais elle reste sublime cette GTA.
    Félicitations pour l’état et vive les voitures qui roulent.

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