La 2 CV a 70 ans (1/3)  : La voiture des jours heureux

Patrice Vergès. Début d’une longue saga qui revisite l’histoire de la Citroën 2 CV qui fête ses 70 ans cette année. La 2 CV n’est plus une voiture. Elle est devenue une institution, une légende, un mythe, un monument historique mécanique et surtout un élément de notre vie que nous ayons de 7 à 77 ans.

Destinée à l’origine aux agriculteurs, elle a raté sa cible en devenant la voiture de la famille dans les années 50 puis urbaine dans les années 70

Il n’y a pas une 2 CV mais des 2 CV. Au cours de ses plus de 40 ans de vie, cette voiture s’est adressée à des couches sociales différentes au fur et à mesure que le temps filait. Mais, plus elle vieillissait, plus elle séduisait les jeunes en quête d’essentiel, accrochés par son image totalement décalée et anticonformiste. La 2 CV fut certainement la seule voiture adorée par ceux qui détestaient la bagnole.

La 2CV a vu le jour en 1948. Jusqu’en 1963 sans grande concurrence, elle évoluera trop peu. Sa cylindrée sera portée de 375 cm3 à 425 cm3

Présentation très succincte, instrumentation réduite au minimum, petit compteur de cyclomoteur à gauche. Pas de dégivrage !

Retour aux sources

C’est pour eux, que Citroën avait sorti fin 1975 la version Spécial qui renouait avec les valeurs fondamentales des premiers exemplaires. Elle était revenue aux 4 glaces, aux phares ronds désormais rectangulaires depuis l’année précédente, à l’équipement réduit au plus strict du minimum et même à l’ancien grand volant surplombant un minuscule compteur de cyclomoteur avec des garnitures intérieures simplifiées. Un véritable retour à l’esprit de son créateur Pierre Boulanger.

Heureusement, elle avait conservé les timides évolutions techniques saupoudrées par Citroën au fil de sa carrière ; le 435 cm3 poussé à 24 ch Din apparu en 1970, les amortisseurs chargés de tempérer ses interminables dodelinements de caisse et les joints homocinétiques de cardan évitant les ridicules hoquets au démarrage.

Aujourd’hui, se balader en 2CV est une expérience passionnante. Rien au monde n’attire plus la sympathie que ce véhicule encore familier. Ses phares en forme d’oreilles de Mickey tétanisent les jeunes enfants, elle ranime le feu éteint du regard des jeunes ados. Enfin, en illuminant le visage des adultes, elle provoque la mise en route de leur machine à souvenirs. Si vous désirez faire du social, ce n’est pas la peine de vous inscrire à SOS Amitié. Roulez en 2 CV.

En 1963, pour concurrencer la Renault 4, sa puissance avait été accrue de près de 50 % liée à une présentation enjolivée

l’Azam( pour AZ améliorée) bénéficiait enfin de sièges plus confortables type Ami 6

 Le chat Ponpon la reconnaissait

Aucune autre voiture ne génère autant le retour sur soi même et l’envie de se raconter aux autres. Car, avec plus de 5 millions d’exemplaires fabriqués, elle en a motorisé des millions et des millions de gens riches en anecdotes à raconter autour d’elle. Même les animaux. Ils reconnaissaient entre 1000 autres, le son caractéristique de son petit flat-twin. 500 mètres avant le portail de la maison, Tom ou Ponpon savait que c’était sa maîtresse ou son maître qui arrivait en 2 CV ! Ce n’est plus le cas aujourd’hui ou Tom 5 et Ponpon 4 sont incapables de distinguer la sonorité du bloc PSA commun à une 208 ou C3.

Un son si particulier que notre mémoire a gravé dans son disque dur comme celui, hululant du démarreur qui peine à lancer la mécanique, au chuintement aigrelet, fruit de l’air pulsé par la turbine se déchirant sur les ailettes des cylindres, davantage teinté de bruits mats sur le 435 cm3 plus poussé.

Selon le profil du terrain, il y avait plusieurs 2CV. Même en 1976, ses 24 ch contre 9 lors de sa naissance en 375 cm3, n’en faisaient pas une Formule1. Pied au plancher, elle frôlait les 100 km/h dans le joyeux vacarme du moteur et des claquements secs de la capote. Doubler un camion roulant à vive allure, exigeait du courage teinté d’une bonne concentration au volant pour juguler les remous d’air.

au fil des ans, son esthétique fut améliorée avec l’apparition d’une 3eme glace latérale, de nouvelles calandres puis enfin des phares rectangulaires qui choquèrent les puristes

Piètre monteuse, redoutable descendeuse !

En côte, surtout en charge, la voiture s’écroulait dans le hurlement lancinant du moteur qui acceptait à fond de troisième de prendre 7000 tours. En revanche, en faux plat, à 120 compteur, elle se transformait en redoutable descendeuse à la capote gonflée par le désir en avalant les creux, en ingurgitant les bosses, en ingérant les virages dans des déhanchements spectaculaires limités uniquement par la hardiesse du pilote qui devait tirer très fort sur volant. Généralement humilié au sein de la circulation, celui-ci prenait sa revanche en descente en oubliant bien des voitures plus puissantes. Il la prenait aussi l’hiver sur routes mouillées ou neigeuses où rien, même pas Dieu n’aurait arrêté une 2 CV sauf le froid car il ne faisait pas bien chaud dans son habitacle à peine tiédi par un chauffage symbolique.

La crise de l’énergie de 1974 redonna une nouvelle jeunesse à la 2CV Citroën qui battit ses records de ventes près de 30 ans après sa naissance

Volant trop plat, sièges trop près 

La conduire était un grand moment dans une vie. Assis, trop engoncé sur des siéges trop souple à lanières, trop haut ou trop bas, face à un pare-brise trop petit, coincé contre un trop grand volant plat qui prenait trop de place dans un habitacle trop étriqué, on se disait qu’on n’y arrivera jamais.

Malgré les portes fines comme du papier à cigarette, on se touchait en 2CV. Les cuisses du conducteur frôlaient celles de la passagère et réciproquement. Cette promiscuité donna le jour à de nombreuses idylles et même plus si affinités. Pourtant, ce n’était pas la voiture idéale pour cela à cause de la dure armature centrale des banquettes et la souplesse de sa suspension attirant immédiatement l’attention sur un parking sombre du bal du samedi soir.

Victime de sa mauvaise visibilité, son dégivrage symbolique, son volant ferme laissant un minimum d’espace aux mains coincées contre le dégivrage pour tourner, sa pédale de freins dure et grinçante, son moteur hoquetant au démarrage, la 2 CV n’était pas une voiture idéale en ville sauf au niveau de sa consommation d’essence dépassant rarement 7 litres aux100. Mais, comme la Cox, c’est un véhicule qu’on aimait plus pour ses défauts que ses qualités.

La 2 CV spécial dévoilée fin 1975 renouait avec les valeurs des premiers modèles. Elle se reconnaissait à ses 4 glaces latérales contre 6 depuis 1967 pour le modèle normal et ses phares ronds

La voiture des premières fois

Même si ce n’était pas la plus belle auto du monde, on était en empathie avec elle. On l’aimait car on se doutait inconsciemment qu’un jour on la regretterait. C’était la voiture des premières fois avec qui on partageait des moments de vie ensemble. Les premières vacances à Palavas, les rires des enfants, la crevaison sous la pluie, la panne d’essence, la première fois que l’autre nous avait dit, « je t’aime », la visite à ses parents le dimanche, le véhicule du premier job, du premier bébé dont on coinçait à l’arrière le couffin contre le dossier de banquette avant, tout ça avec le sentiment de penser que notre vie qui venait de commencer serait éternelle. C’est la 2 CV qui l’était….

Née fin 1980 en série spéciale limitée à 8000 exemplaires, la Charleston rencontra un tel succès qu’elle fut intégrée dans la gamme normale.

La 2CV laisse le souvenir des jours heureux qu’on ait 30 ou 60 ans. Dans une 2 CV, il y a toujours un peu de nous

 

L’avis des Petits Observateurs !

15 commentaires au sujet de « La 2 CV a 70 ans (1/3)  : La voiture des jours heureux »

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  1. Docteur_Oliv

    Dans les années 2000 mon ami Alain BIBINET (mon Témoin de Mariage) habitait MONTREAL et il avait importé une 2CV Vert Pomme. Comme tout le monde se doute l’Homolo fût…Sportive

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  2. Gran Turisto

    Le véhicule essentiel… mobilité, économie, émotions, souvenirs…
    Avoir essayé tant bien que mal de la retourner, traversé l’Europe en long et en large (souvent à l’aspiration derrière un camion), dormi dedans (notamment pendant une tempête au bord de la Mer Baltique et donc avec les sièges à l’intérieur…), fait (et perdu) des courses d’accélérations contre des Trabant, tenté de la faire s’envoler en dévalant Montmartre en mode Bullit, + 1000 autres…
    Aucune de nos lubies n’aura réussi à abîmer le capital sympathie de cette machine qui jouit de par le monde d’un taux de notoriété équivalent au Coca Cola.
    Essentiel, point.

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  3. Pascal DeVillers

    Bonjour,
    La 2cv c’est pour moi un sacrée moment de nostalgie du temps passé , mes premieres années de réelle indépendence d’adulte.
    1985 premier job , il me falait une petite voiture pas chère pour faire les allers retours boulot -domicile .
    Grace à une relation de travail j’apprends que le directeur informatique de la boite vend la voiture de son épouse ; une 2cv Charleston 20 00KM.
    Un coup du destin , mes parents étaient et sont toujours des Citroënistes purs et durs . ( ID 19 – DS23 – AMI 8 – AMI 8 Super – CS club – GSA – DIANE et VISA)
    Je l’ai gardé 8 ans et parcouru plus de 150 000km avec ; le moteur était rincé ; je regrette l’avoir vendu , mais bon c’est comme ça…
    J’ai accheté une BX 16RS ensuite .
    Comme vous le dites Patrice , c’est la voiture des premières fois , mon premier boulot , premières rencontres avec ma femme , première vacances Paris – Corrèze . Et puis des anecdotes , de petits accrochages sans gravité , le petit garage Citroën à croquer en bas de la butte Montmartre rue de la fontaine du but dans le 18ème pour l’entretien .
    Cette voiture ,c’est aussi la boite à souvenirs de jours heureux .
    J’avoue que je regarde de temps en temps les petites annonces , peut être sauterai je le pas un de ces jours …
    A quelques rues de chez moi un voisin à une Charleton , chaque fois que je la vois , je passe à coté et ne peux m’empecher de jetter un petit coup d’oeil à l’interieur .
    Pascal

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  4. Grégory Lopez

    Une auto géniale que j’ai eu la chance de posséder (une azam 1966 embrayage centrifuge, ma 1ere voiture, une 6 special 1981, et entre les deux une ami8 1971 si ça compte…,), et qui peuple nombre, que dis-je, des milliers, de mes bons souvenirs. Même les galères en deuche font de bons souvenirs, car lorsque le capot est ouvert tout le monde veut vous aider. Malheureusement je crois que l’époque dorée de la 2CV est terminée, car elle est passée du statut de vieille bagnole pas chère à celui de voiture de collection respectable, et les prix se sont envolés ces dernières années. Elle risque d’y perdre de sa sympathie et c’est dommage.
    Alors pour l’instant je garde les souvenirs, les copains, les copines, les ralentisseurs pris à fond, les retours tard dans la nuit à la lumière des phares….de la voiture qui vous suit, les montées interminables, les descentes euphoriques, le toit ouvrant et l’odeur des fleurs (avec un soupçon d’huile chaude) dans la campagne, les chemins de traverse pris sans arrière-pensée, … ah c’est trop dur, je vais de ce pas en racheter une!!!

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    1. Grégory Lopez

      J’ai un copain qui avait la même et qui conduisait comme ça.
      Elle sous-vire un peu à la limite mais ça passe toujours plus ou moins, et si on mord un peu dans le champ c’est sans grande conséquence.

  5. Saint-Ofer

    Cette voiture a été conçue dans une période de crise, comme nous allons droit dans une autre (peut-être y sommes-nous déjà, j’dis ça, j’dis rien), je pense que la Deuche va peut-être connaître un revival étonnant. Car le cahier des charges des années 40, qui recherchait le moindre coût, va redevenir d’actualité en cherchant le moindre impact écologique (en utilisant 500 kg de matière on a un impact moins important que lorsque l’on en utilise presque 2 tonnes).

    Je ne sais pas ce qui se passe dans le tout nouveau, beau et très grand, centre de recherche Michelin (à côté des pistes d’essais de Ladoux) mais dans mes rêves je les imaginent en train de travailler en secret (pléonasme en ce qui concerne le Bib’) à la création d’une NewDeuche ! :o) (pour les plus jeunes : la 2cv est un pur produit Michelin, à l’époque Citroën leur appartenait, le père du projet TPV, Pierre Boulanger, ayant été nommé à la tête de Citroën par Edouard Michelin).
    Imaginez une 2cv avec un chassis-coque, intégrant le tableau de bord et les sièges, en carbone-métal pour résister aux crash-tests de l’Euro-Ncap, une carrosserie en plastique (provenant de la récup’), un moteur bi-cylindres hyper-moderne ne consommant rien donc rejetant pas grand-chose, une vitesse maxi de 90 km/h (de toute manière quel intérêt maintenant de pouvoir rouler plus vite ?), le strict minimum pour se déplacer de A à B, pas d’électronique, d’informatique, d’écrans stupides, de vitres électriques et tout ces gadgets inutiles (avec un freinage ABS quand même), le tout conservant la capote tout du long et j’imagine là un succès énorme. Enfin je crois. Faudrait ajouter un vrai chauffage, c’est vrai :o)
    Mais je parie que chez Michelin, c’est maintenant comme partout ailleurs, les diplômés de grandes écoles doivent diriger le navire, ils doivent bosser sur des moteurs électriques ou un SUV… qui n’intéressera pas PSA ni personne d’autre.

    Oncle Pat’ a raison : dans une 2 CV, il y a toujours un peu de nous ! (surtout quand on est de la même région que Bibendum ;o))

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