BMW 30 CSI : J’ai retrouvé (presque) mes 27 ans !

Par Patrice Vergès. Après avoir acquis un coupé BMW 30 CSI d’occasion en 1977, Jean Loup l’a oublié au fond d’un garage pendant près de 35 ans avant de lui redonner récemment la vie sous une livrée digne d’une neuve.

La silhouette du coupé E9 reste encore aujourd’hui d’une merveilleuse pureté. C’est la Français Paul Bracq qui avait redessiné l’avant allongé pour accueillir le 6 cylindres en 1969

Ce coupé est assez imposant avec plus de 4,66 m de long. Toutes les glaces qui se baissent et l’absence de montant central créent une excellente visibilité

Conduire un coupé BMW 30 CSI aujourd’hui est un sacré retour dans ma cantine aux souvenirs. Un de mes copains en avait acquis un en 1976 et j’avais beaucoup roulé à ses cotés. Immédiatement, j’ai retrouvé l’étonnante luminosité de son habitacle et le feulement ouaté du 6 cylindres en ligne. Ces années là, le coupé CSI riche de 200 chevaux était encore une grande sportive dont les versions allégées CSL poussées à plus de 400 chevaux et hérissées d’ailerons frôlaient les 300 km dans la ligne droite des Hunaudières. D’ailleurs, la voiture de Jean-Loup arbore encore sur sa vaste lunette arrière l’autocollant (un peu fatigué) des exploits du coupé bavarois lors 24 heures du Mans en 1973 et 1974.

3 fois le prix d’une Peugeot 504

 » Mon coupé date d’avril 1975. Je l’ai acquis d’occasion en mai 1977 chez Charles Pozzi à Paris et il ne totalisait que 28 000 km  » précise Jean-Loup. Lors d’un prochain POA où nous traiterons de sa remarquable MGA 1959 « matching numbers », nous reviendrons davantage sur l’amour que l’homme porte aux voitures sportives. A 27 ans, rouler dans un si beau coupé n’était pas banal. Rappelons qu’en 1975, dernière année de production du coupé 30, celui-ci coûtait près de 85 000 francs ! Plus de trois fois le prix d’une Peugeot 504 ! Soit sensiblement le prix d’un actuel coupé 640 facturé près de 100 000 euros. Hier comme aujourd’hui, BMW n’a jamais bradé ses voitures.

 » C’était la voiture de mes rêves, excellent compromis entre le sport, la vitesse et le confort car elle offrait 4 places et un coffre indispensable à mon travail. Elle avait la solidité des voitures allemandes déjà apprécié sur ma berline 2500 avec, en plus, une silhouette élancée digne d’une voiture italienne ».

Pourtant le coupé avait été dessiné en interne à Munich même s’il reprenait des éléments stylistiques particulièrement du dessin du pavillon du précédent coupé 3200 V8 dessiné par Giugiaro.

 

Ce 6 cylindres en ligne type M30 a animé les  » grosses » BMW pendant de nombreuses années. Sur la CSI, alimenté par une volumineuse injection Bosch qui couvre presque le bloc, il délivre 200 ch.

Ce coupé est né fin 1965 sous le nom de 2000 CS animé par un 4 cylindres en ligne de 120 chevaux issu de la berline 2000. En 1968, lorsque BMW a dévoilé sa gamme 6 cylindres 2500/2800, il a accueilli ces nouveaux moteurs au sein d’un avant allongé redessiné par le Français Paul Bracq. D’abord, en version 2800 (170 ch), puis 3000 CS à carburateurs (180 ch) et enfin en CSI pour injection en 1971. Fort de 200 chevaux, le CSI devint la version la plus performante de la gamme mais aussi la moins produite (8142 ex contre 20 000) à cause de son prix plus élevé.

Si les vitres arrière sont électriques en série, elles étaient optionnelles à l’avant. La sellerie cuir bordeaux n’est pas d’origine. Le volant est bien grand pour nos goûts actuels

Oublié 35 ans dans un garage !

En 1983, Jean-Loup le remplace par une BMW berline 728 I, marque qu’il affectionne préférée à Mercedes trop  » m’as tu vu  » à ses yeux. Son coupé avait bénéficié un peu plus tôt d’un échange standard du moteur à 72 000 km car il consommait trop d’huile. Il a d’ailleurs conservé la facture de l’intervention d’un montant de 13 000 francs correspondant à une jolie somme d’aujourd’hui.  » Je ne l’ai pas vendu et décidé de le garder. C’était très symbolique pour moi mais j’aimais cette voiture. Je l’ai oublié près de 30 ans dans le fond d’un garage public où il a pris quelques coups. Puis, assez récemment, je l’ai redécouvert et trouvé encore plus beau qu’à l’époque ce qui m’a décidé à le faire restaurer ».

 

Jean-Loup possède ce coupé depuis plus de 40 ans. Mais il l’a remis en circulation il y a peu

La 30 CSI était chaussée de jantes de 14 pouces en alliage léger. Aujourd’hui, les coupés 640 ont des 20 pouces optionnels dont la bande de roulement est 50 % plus large !

La trousse à outils de série comptait 3 bougies de rechange

Jean-Loup qui déteste l’à-peu-près dévoile le montant de ses diverses factures pour redonner à son coupé l’aspect du neuf. Ceux qui affirment que l’auto ancienne est un placement ne les restaurent certainement pas. Certes, dans cet état exceptionnel, sa BMW est estimée autour de 50 000 euros. Mais pour qu’il en soit ainsi il a dû beaucoup investir. « La refaire peindre avec sa teinte d’origine  » arktisblau metallic » m’a coûté plus de 4300 euros. Avant, il a fallu remettre la voiture en route dont l’essence en se figeant dans le réservoir avait bouché toute l’admission. Après avoir fait refaire le réservoir, j’ai fait changer les freins qui étaient bloqués, tous les joints moteur et durits, aussi les chromes piqués et les écussons, les moquettes et cuirs qui s’étaient moisis. J’avais déjà fait refaire l’intérieur en cuir bordeaux lorsque je me m’en servais encore. Aujourd’hui, mon coupé est aussi beau que quand je l’ai acheté ».

Produite à un peu plus de 1100 exemplaires, la version CSL (L pour leich) comportait des ouvrant en alliage léger (moins 180 kilos) et un parement aérodynamique qui lui avait valu le surnom de « Batmobile « 

Le parfum de sa jeunesse

Nous partons pour notre balade avant qu’il ne me laisse le grand volant qui a déjà un semblant de coussin de sécurité. » J’ai retrouvé (presque) mes 27 ans avec cette voiture. C’est encore un vrai régal à la conduire et elle n’a pas trop vieilli au niveau des performances, ni du freinage ni des accélérations. C’est un bonheur de la mettre en route et entendre le ronronnement feutré des ses 6 cylindres » avoue-t-il, heureux. Lorsque c’est à mon tour, je ressens exactement les mêmes sensations et impressions. Une pensée m’a effleuré l’esprit en communion avec son propos : l’auto ancienne rapproche plus les gens qu’elle les divise comme les modernes…..

Le commissaire priseur Hervé Poulain fit sensation en engageant au coté de Jean Guichet cette BMW décorée par le peintre Alexander Calder aux 24 Heures du Mans 1975

L’avis des Petits Observateurs !

15 commentaires au sujet de « BMW 30 CSI : J’ai retrouvé (presque) mes 27 ans ! »

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  1. Max

    Magnifique récit pour une magnifique voiture. J’ai moi-même craqué il y a quelques années sur sa descendante le coupé série 6/E24 qui appartenait au père d’un ami et l’avait rangé dans le fond de son garage dans l’impossibilité de s’en séparer pour raison sentimentale
    J’ai flashé sur sa voiture (une 635CSI sortie d’usine fin 1980 de la même teinte arktisblau) à 18ans lors d’une soirée chez cet ami et l’opportunité de la racheter (et de la restaurer) s’est présentée 20 ans après…

    Concernant Paul Bracq, il mérite amplement un hommage et un reportage spécial dans POA pour sa contribution au design automobile (la mercedes Pagode, le style BMW des premières séries 3,5,6,7…). Appel au gouvernement POA !!!

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  2. Pierre_

    Bravo. Quelle bonne idée que de vouloir conserver son ancienne.
    Une redécouverte bien des années plus tard avec un oeil bien different, est un immense plaisir.
    Très belle auto, chaque baguette de chrome souligne une ligne esthtique et amène la fluidité.
    Pas de surcharge de lignes, l’oeil nest pas agressé et ne se perd pas.
    Habitacle non écrasé, volumineux et lumineux.
    L’Auto est élégante, parfaite. Presque féminine.
    Merci a Patrice et Jean Loup pour ce partage.

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  3. Commandant Chatel

    Merci Patrice pour ce torrent de Nostalgie et de Souvenirs.
    Un épouvantable client à moi quand je faisais de la pub possédait la même.
    Et moi, je me disais du haut de mes 20 ans : « Comment un type si exécrable peut-il posséder au auto si belle ? ».
    C’était une question idiote, je le reconnais.
    Ah ! Un coupé sans montants… que c’est beau. Dommage que BMW ait oublié ce détail… qui n’en est pas un.
    Quand à l’auto de Poulain décorée par Calder, je me souviens du JT où j’avais vu ça… comme si c’était hier.

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  4. Marc B

    Il y a plusieurs univers automobiles et plusieurs dimensions…Les anciennes, les dernières, les SUV ou 4×4, les berlines, les coupés, les cabriolets, les ultra sportives (enfin les vrais sportives) etc.

    Je pense qu’on a le plus souvent un univers de prédilection, il est souvent difficile d’y embarquer des camarades d’autres univers, cela mériterait un article en soi…

    Tout ça pour dire que dans ma galaxie ce véhicule n’a pas une belle ligne ni un bel intérieur…MAIS…je regrette que dans ma galaxie on fasse l’apologie des jantes gigantesques comme s’il fallait faire disparaitre le pneu…Sur cette BMW je trouve que ces roues sont une réussite !

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    1. Docteur_Oliv

      La taille ça compte !!! énormément
      Ne serait-ce que pour le diamètre des freins…

  5. Jean-François Bertrand

    Une de mes behemes préférées avec la 635csi, sa descendante.
    Bien loin des voitures de footballeurs actuelles…..

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  6. Nabuchodonosor

    Ben, à propos de Bracq.
    Ne pensez pas que je cherche à mettre en cause une once de votre savoir Oncle Pat’, bien au contraire je souhaiterai juste un petit éclaircissement quant à cette période passionnante.
    Entre 1960 et 1970 le design des Béhèmes et des Alfas peut se confondre sous les coups de crayons croisés chez Bertone. C’est effectivement Giugiaro qui, au début des années 60 travaille à Grugliasco, va signer de sa patte magique les chefs d’œuvre pour les deux maisons que sont la 3200 CS bavaroise et la 105 ou Giulia GT milanaise.

    Cependant pour ce qui concerne la présente E9, on lit ici où là que BMW débaucha encore chez Bertone, Michelotti, pour rectifier le dessin de la 2000 CS établi en collaboration avec Karmann, cela bien qu’Hofmeister dirige toujours le design de l’hélice bleue et blanche. La série E9 sera commercialisée dès 1968.

    Or Bracq n’arrive quant à lui que deux ans plus tard chez BMW, pas avant 1970 pour travailler notamment sur les séries 3 et 5…
    Du reste il ne la revendique pas dans ce clip : https://www.youtube.com/watch?v=Popc1kRM6JA

    Nabuconfus.

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  7. luc

    Ce Jean-Loup a une sacré chance d’avoir peu conserver une telle voiture. Elle semble aussi neuve qu’une neuve. Quelle ligne superbe. Je l’envie !

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  8. Saint-Ofer

    Tout comme la SM, cette BMW est tellement belle que ça en est émouvant… les lignes tendues revues par Bracq…

    A quand une visite dans une école de design auto ? J’aimerai bien savoir quelle culture automobilistique ingurgite les étudiants, histoire de mieux comprendre le design actuel ;o)
    Connaissent-ils Paul Bracq ?

    Après avoir regardé l’intérieur et l’extérieur de la nouvelle Classe A et du nouveau Q8, on a l’impression de se nettoyer les yeux en suivant les contours de ce coupé et de la SM :o)

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    1. Saint-Ofer

      @ques : si en primaire tu dessinais comme Opron ou Bracq, j’espère que tu as mis ton don au service de l’humanité.

  9. Chapman

    Quelle ligne!!! et quelle surface vitrée…. Incontestablement une des plus élégantes de l’époque.
    Belle restauration. Étonnant de parvenir à l’oublier pendant 30 ans !!?!!

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