Souvenirs d’Autos (163) : La 2CV bleue d’un inconnu…

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire que j’apprécie particulièrement m’a été envoyée par Pierre. Histoire qu’il dédie à son ami, Tito.

 

En septembre 1971, nous avons 10 ou 11 ans, c’est la fin des vacances. La rentrée est pour demain. Nous jouons sur la place de la mairie. Une mairie-école comme dans beaucoup de villages. La place est immense elle est l’un de nos meilleurs endroits de jeu. Nous y sommes les rois, les tauliers.

Notre petite bande se retrouve ici chaque jour pour se chamailler et courir entre les rares voitures garées là. Il y a la Diane verte de Bernard, secrétaire de mairie, la 403 Peugeot grise de M. Dégrange, reporter au journal Le Progrès à Bourg-en-Bresse, le fourgon Renault, Arthur-Martin, jaune et bleu de monsieur Péris et aussi la 404 Peugeot Break bleue claire du plâtrier, monsieur Roux.

Or aujourd’hui, est garée là sur notre place une 2 CV bleue, inconnue.

Curieux, nous nous approchons de la Belle. Nous connaissons les 2 CV pour leur façon de s’agiter comme un ressort mou quand on les pousse vivement.

Sans attendre, Tito s’assied sur l’immense aile avant, mon frère Claude et moi passons à l’arrière pour tester ce ressort géant.

De nos mains, nous poussons sur les pare-choc et puis montons dessus. Les amortisseurs grincent, gémissent.

La voiture dodeline d’abord puis commence à bondir sur ces roues. Tito glisse sur l’aile avant. Beau fou-rire, quel bonheur !

Cris de joie et éclats de rire. Nous avons trouvé là un jeu très drôle, formidable manège. La Citroën danse.

Alerté par tant de bruit, un monsieur, immense barbu portant lunettes, bondit hors de la mairie, se dirige vers nous, avec un air très décidé.

D’une voix forte, il nous lance qu’il y a meilleur endroit pour s’amuser et que sa 2 CV n’est pas un jouet !

Faussement effrayés, le sourire narquois, nous sautons de la Citroën et fuyons l’endroit, illico. Le soir tombe.

Le lendemain, c’est la rentrée. Nous arrivons par petits groupes ce matin vers 8h15. Massés devant l’école, nous attendons les instituteurs. Je promène mon regard alentour j’aperçois alors la 2 CV bleue, garée. Quoi, encore là ?!

Les maîtres arrivent, discutent entre eux. Nous nous mettons en rang. Derniers bavardages. Un doute s’installe. Fin juin, on nous avait annoncé qu’un nouvel instituteur était nommé dans cette école pour la rentrée de septembre… hum !

Et il est là devant nous, il s’appelle monsieur Blanc et c’est le grand barbu !

Quelle classe a-t-il ? Scrutant le groupe, il appelle les CM2. J’en suis. Aïe !

Je me presse, épaules remontées, il me reconnait aussitôt, me toise, sourit et calmement me dit « bonjour ». Je suis blême. Tito et Claude plus jeunes que moi, sont dans une autre section, ils baissent la tête. Ils sont sauvés.

Coup de chance, ce grand barbu, M. Blanc avec son gabarit de rugbyman, était sympathique et savait magner l’humour. Et contrairement à d’autres instituteurs de l’époque, il ne giflait jamais un élève. Enseignant moderne, sa sévérité était toujours mesurée, sans excès. Chaque matin ce nouvel instituteur garait sa 2 CV bleue devant l’école.

Et nous, nous n’avons jamais rejoué sur sa Citroën…

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

 

L’avis des Petits Observateurs !

18 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (163) : La 2CV bleue d’un inconnu… »

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  1. Pascal DeVillers14

    Bonjour,
    la vue d’une 2CV c’est toujours la nostalgie pour moi . Ma vraie première voiture fut une 2cv Charlestone interieur pieds de poule , achetée en 1984 pour 12000 francs et 22000 Km au compteur . Je l’ai gardé jusqu’en 1991 . Elle a été de tous mes nombreux déménagements, fidèle au poste.
    Celle avec qui je faisais le trajet Paris-Chamboulive en Corrèze en 6 heures sans fatigue capote ouverte pour les vacances.
    Et puis le petit garage Citroën rue de la fontaine du but en bas de Montmartre pour l’entretien.
    Je la regrette encore , une fois sur le périf, je suivais à bon train (90 km/h) une TESTAROSSA , coup de frein brutal et bruits de pneus , je me suis immobilisé à 2 cm de la FERRARI !!!
    Malheureusement je n’ai pas pu la conserver à l’époque faute de place , moteur rincé , elle avait 170000km .
    Et puis il y a eu plus tard la 2CV orange vif de mes cousins avec ses phares rectangulaires que leur fils a conservé , elle roule toujours, belle comme sortie d’usine.
    Votre histoire me parle en particulier car en 1971 j’avais 10 ans également et je jouais à conduire immobile une épave de coupé Panhard P24 avec son odeur de vieille voiture dans le fond du verger de mes grands parents.
    Merci pour cette histoire Commandant et puis les photos c’est vraiment bien .
    Pascal

    Malheureusement je n’ai pas pu la conserver à l’époque faute de place , moteur rincé , elle avait 17000km .

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    1. Chapman

      Quel tableau de bord ces 24 hein ? Ces cadrans, tous ces interrupteurs mystérieux dispersés sur le tableau de bord, quel jouet merveilleux pour un enfant. Celle dans laquelle j’ai pu jouer était dans un jardin de ferme à Lavours dans l’Ain. C’était aussi les seventies….. Et on laissait les gamins faire sans prudences excessives.
      Je ne vous raconte même pas les après midi d’été passés tout près de là, à la gare de Culoz, dans le parc des trains attendant la démolition….

    2. Pascal DeVillers14

      Bonjour Chapman,
      Je pense que nous avons le même ressenti, les vieilles voitures pour les gamins c’est comme la découverte d’un grenier et de tous ses mystères endormis sous la poussière des ans .
      Oui le tableau de bord de la P24 une vraie mine d’or pour l’imagination enfantine, pour ma part cette voiture ne roulait plus et pour cause ,la boîte de vitesse était sur la banquette arrière.
      Personnellement, dans la ferme de mes cousins Corrèziens, à 6 ans je passais beaucoup de temps également à monter sur les vieilles fâcheuseuses d’antan ,avec leurs grands leviers de commande, je jouais à l’aviateur où bien je grimpais sur le superbe petit tracteur Pony rouge vif, jantes jaunes avec ses deux gros yeux ronds.
      Oui c’est vrai comme vous dites en ces temps là on laissait faire les enfants sans trop s’inquiéter.
      Et puis ,il y avait leurs voisins avec leur belle 203 berline noire Peugeot .
      Mes cousins eux avaient une AMI 6 bleue claire, j’adorais monter dedans quand il fallait aller à Chamboulive pour faire les courses le dimanche matin.
      Et puis il y avait la cousine Noellie parisienne de son état très dynamique qui passait rendre visite de temps en temps avec sa petite SIMCA 1000 jaune vif.
      Oui le temps passe et les voitures sont de merveilleux points de jalon pour les souvenirs …
      Pascal

    3. Chapman

      Couleurs, odeurs, ambiances, sensations, toute l’enfance est faite de ces points de repères. L’automobile ajoute à ces qualités celle de devoir être maîtrisée. Ces vieilles autos populaires, bruyantes, dodelinantes, tenant très bien ( toute ) la route, freinant parfois de façon désordonnée mais donnant à la merveilleuse insouciance de la jeunesse, la conviction d’être en sécurité.

    4. Pierre_

      Bonjour Pascal
      Merci de ce retour. J’ai joué comme vous dans les fermes des grands parents sur les engins d’alors, avec frangins et cousins. Nous étions libres de tout. Le danger était permanent. Pas un seul accident. Ouf!
      Également dans une épave laissée sur le terrain vague de la gare du village. Une autre sous l’arbre devant une ferme à l’abandon. Autant dire que rien ne nous échappait. Pas de télévision ni tablette de jeux.
      Dehors toute l’année on ne s’est jamais ennuyé. Mémoire d’enfant très marquée.
      Cordialement.
      Pierre_

  2. chapman

    Chouette souvenir Pierre. Vous avez eu de la chance de ne pas être trop lourds à l’époque car les suspensions étaient souples certes, mais la tôle aussi. Les traces de vos gamineries auraient pu défigurer cette belle deuche qui se disputait la préférence des curés et des instituteurs avec la 4L.
    Et chapeau bas pour la doc photo c’est curieux la nostalgie qui se dégage immédiatement de ces vieux clichés.

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  3. Nabuchodonosor

    Merci Pierre, j’adore cette histoire qui me rappelle mon enfance.
    Mon p’tit doigt me dit que nous sommes pas mal de quinquas sur POA ?
    Ben oui quoi, j’en suis aussi, et alors ? Tant qu’on est jeune dans sa tête…
    Et puis, la carte postale aérienne de votre village annotée de l’emplacement précis de la 404 de Mr Roux… en 1971; Waow quelle mémoire !
    Digne de celle des inspecteurs et anciens agents secrets qui trainent ici..
    A propos de carte postale aérienne, je me souviens qu’à l’époque il y avait quelques boîtes comme « Hélicolor » qui proposaient des clichés de chez vous pris en hélico; Ils se faisaient des c… en or. Les drones n’existaient pas.
    🙂
    Toujours au top SDA, mes respects mon Commandant.
    Nabu

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    1. Commandant Chatel

      Les « respects au commandant » sont toujours appréciés.
      Repos, vous pouvez fumer !

      Plus sérieusement, en effet « Bravo à Pierre pour sa mémoire »…

    2. Lieutenant Columbo

      Euuh s’cusez moi M’sieurs Dames, Lieutenant Columbo…
      Compte tenu de la mémoire encore très vivace de Monsieur Pierre j’aurai bien voulu connaître l’endroit précis où le fourgon Renault, Arthur-Martin, jaune et bleu de monsieur Péris stationnait… Si ce n’était pas trop vous demander bien entendu… Et si tel était le cas je comprendrai tout à fait M’sieur Pierre…
      Oh vous savez, ce n’est pas pour moi qui suis en retraite maintenant mais pour une vieille affaire ayant trait avec celles d’un cousin sicilien qui avait mal tourné et qui allait et venait dans ces années là… J’avais pris des notes, il était question de balances, de paniers à salade, de placards et aussi de poulets, beaucoup de poulets… Alors voyez-vous quand Pierre a évoqué ses souvenirs d’enfance, ça a fait tilt dans ma tête… Faut que je retrouve ces fichues notes bon sang… Scrrotch… sccrrrotch…

    3. Pierre_

      Merci de votre commentaire
      Les quinquas font corps autour de la rubrique du Commandant.
      Les cartes postales sont de la maison CIM (Combier Imprimerie Macon).
      J’ai vécu 4 ans près de la mairie. Les voitures sont restées les mêmes ces années là.
      Mr Roux platrier, habitait là aussi sur la place et était ami de la famille. Personnage incontournable du village avec sa 404 croulant sous les plateaux, les fers d’échafaudage et les pots de peinture.
      Une vilaine cigarette mal roulée au coin des lèvres, un accent bressan prononcé. Son chien ne le quittait jamais.
      Bel équipage.
      Pierre_

  4. Thierry

    Très jolie histoire, même si elle me décontenance … car avec l’éducation que mon père m’avait donnée, jamais, au grand jamais, je n’aurai osé jouer à toucher une carrosserie !
    Encore moins à poser mes fesses dessus …
    Mais bon, quelques années plus tard, je me suis marié, et ma femme m’a avoué qu’avec sa sœur et son frère, un jour, ils n’avaient pas trouvé plus drôle que de sauter plusieurs fois sur le toit de la Panhard familiale !
    Panhard dans laquelle il fallait, par la suite, baisser la tête pour s’installer …. jusqu’au jour où mon beau père, couché sur la banquette, les pieds en l’air, a fait une manœuvre réparatrice inverse !

    Répondre
    1. Gérald

      J’adore souvenirs d’Autos, toujours de belles histoires…Et à chaque fois un souvenir qui ressurgit, dans les années 90 j’ai 20 ans et je roule déjà en ancienne, une R8, que j’ai repeint en jaune type S.
      Tout l’été à la poncer pour enlever le bleu tenace qui n’était déjà pas d’origine. Le père d’un copain à un chantier de marine à Antibes. Je ponce en plein cagnard, je mastique et le meilleur peintre du chantier me repeint la R8 d’une main de maître.
      Elle est rutilante, mais elle chauffe, pas grave on sort avec le week-end à Nice, on se fait la pose clope sur l’aller pour laisser refroidir la 8.
      A Nice on se gare en vrac sur le trottoir du quai des états unis, tout le monde fait pareil !
      Ma 8 est éclatante sous les réverbères, elle dénote complètement par rapport aux autres modèles.
      A notre retour au milieu de la nuit, je la vois toute seule….avec le toit complètement enfoncé !
      Je suis dégouté et complètement désabusé, des jeunes sont certainement montés sur le toit pour rigoler.
      Et là on ouvre les portes… On pousse le toit de l’intérieur et après un grand clong le voilà remis parfaitement en place sans un éclat sur la peinture, incroyable !
      Comme je la regrette cette R8 !

    2. Commandant Chatel

      Gérald ! Il fallait confier cette aventure à SOUVENIR D’AUTO…
      Elle est magnifique cette histoire !

    3. Gérald

      Demande à Renaud d’effacer le commentaire 😉
      En plus je dois avoir des photos de la 8 en prépa peinture et finie !

    4. Pierre_

      Merci de ce commentaire
      Nous étions légers comme des moineaux, aucune voiture ne fut déformée lors de nos jeux. Heureusement.
      Nous avons passé de grands moments sur une épave de DS sur le terrain vague de notre gare. Il y avait aussi une 403 posée sur moellons près d’une ferme abandonnée. Dehors par tout temps, pas de télé ni tablette de jeu, on ne s’est jamais ennuyé. Souvenirs intacts et riches. Petits mômes insouciants et heureux au village habitant à 50m de la mairie pendant 4 années. Carte postale trouvée sur delcamp.net. Totalement de cette époque. Une chance.
      Les véhicules cités sont restés les mêmes ces 4 années. Faciles à identifier alors pour écrire ce Souvenir.
      Pierre_