Souvenirs d’Autos (129) : une Super 5 GT Turbo super convoitée

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette aventure m’a été envoyée par Gérard-Vincent, un fidèle de POA qui habite à Rouen. J’aime sa façon de prendre les choses avec humour.

En 1989, ma vieille R5 orange est au bout du rouleau, je cherche une Super 5 GT turbo d’occasion, j’en rêve depuis longtemps. Oui, je suis un bagnolard sans le savoir. Mon père m’en signale une en exposition au Garage Bonneau pas loin d’Evreux, c’est un agent Renault sympa, une affaire de famille, les gens du coin les appellent – avec respect- la bande à Bonneau… Bref, la GT turbo est impeccable, gris anthracite, ligne rouge sur les pare chocs, 60.000 km et toutes ses factures d’entretien.

Je vais faire avec le bolide un voyage mémorable direction Allemagne de l’Est: je dois me rendre à Zwickau – la ville où est fabriquée la Trabant. Je suis Prof et je transporte plusieurs gros cartons de livres pour un stage d’enseignement du français: c’est donc l’occasion de faire turboter la GT et ses 115 cv sur les routes de la Germanie.

 

Jusqu’à Strasbourg la Super 5 ronronne, la direction est précise, le turbo souffle, quelle santé ! Cent kilomètres avant Nuremberg, c’est la nuit, les arbres s’effacent avec facilité, je suis tout seul, quelques pointes à 200 km/h puis des phares me rattrapent assez vite et les feux arrière de deux 911 et d’une Audi me laissent sur place ! ! On se croirait sur la ligne droite des Hunaudières… J’adore ce début mission.

Mais le lendemain matin, après l’étape de Nuremberg, voilà le passage redouté à la frontière. J’ai un laissez-passer estampillé « Ministère Affaires étrangère » avec tampon et logo tricolore mais je n’en mène pas large. Un kilomètre avant le poste frontière, j’emprunte une partie de route matérialisée par des petits plots en plastique, mais une minute plus tard un militaire sorti d’une guérite me stoppe, me hurle de reculer jusqu’aux premiers plots pour reprendre un tracé parallèle (quelle maniabilité cette 5 GT !). A la frontière, une Coccinelle se fait examiner les dessous par un garde-frontière qui glisse vers le sol un petit miroir au bout d’une perche, plus loin une Passat « de l’Ouest » est vidée de son intérieur : le siège conducteur et la banquette arrière trônent déjà sur le macadam à côté du chauffeur inquiet. Mon papier ministériel fait son effet, la GT aussi : les uniformes vert de gris tournent autour, frôlent les jantes alu, tapotent les parechocs proéminents, reculent de quelques mètres pour jauger l’engin. Tu parles d’une mission tranquille…

Après une semaine de stage à Zwickau, me voici en visite un samedi à Halle près de Leipzig. La Super 5 se retrouve dans l’obscurité, tourne sans clignotants sur le tracé d’un tramway. Aussitôt, je suis arrêté par des militaires. Je descends de la GT, on m’emprunte mon passeport et quatre soldats sont déjà autour de la voiture. L’un me demande d’ouvrir le coffre, l’autre souhaite voir le moteur ! Les lampes de poches balayent l’alternateur, le turbo, la batterie. Un autre prend des photos… Sans le savoir, on est quelques mois avant la chute du mur.

A mon retour en France, la Super 5 GT turbo continuera d’être convoitée par d’autres types d’amateurs. Elle va disparaitre un samedi soir, en 1990, du parking de mon immeuble pour réapparaitre dans une cité voisine le dimanche matin. Bilan : le turbo à changer, un choc sous le feu arrière droit (photo) mais le rodéo n’intimide pas cette 5 GT solide. Elle refait une fugue six mois après. Mais là, elle ne reviendra pas. Les gendarmes retrouvent la caisse nue dans un champ, à 30 km de mon domicile. L’enquêteur responsable me dit :

  • En voyant votre voiture on peut deviner celle qui a reçu ses pièces, on a une piste Monsieur, une GT turbo comme ça, c’est convoité quand même  !
  • POA Martin R5 GT turbo cPOA Martin R5 GT turbo b

Cette rubrique est désormais aussi la vôtre.

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps. Et si possible, joignez à votre histoire des photos….On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

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5 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (129) : une Super 5 GT Turbo super convoitée »

  1. Chapman

    Esthétiquement je préférais à l’époque l’Alpine Turbo trouvant la ligne de la 5 plus gracieuse.
    C’était probablement déjà de la nostalgie , car aujourd’hui elle me ferait autant envie l’une que l’autre.

  2. Fréour

    Chic, c’est vendredi !!!! Merci Gérard-Vincent. Merci Thibaut.

    J’ai toujours adoré l’Alpine Turbo et la 5GT Turbo. Puis l’autoroute allemande de part et d’autre de la frontière est-ouest… Parfum de roman d’espionnage… Les souvenirs sont toujours de sacrées surprises.

    Hello à tous les petits observateurs qu’on embrasse !

    Cédric

    1. guy

      quelle jolie histoire même si elle ne finit pas trop bien ; elle m’oblige à penser à « feue » ma golf GTI qu’on avbait tenté de me voler par deux fois, la première à Asnières et la deuxième à Golfe Juan – à chaque fois sans succès. Dommage pour Gérard-Vincent qui était donc tombé sur de « meilleurs » que moi.