40 ans de journalisme automobile (5eme et dernière partie)

Par Patrice Vergès. Nous voici déjà au 21eme siècle. Depuis mes débuts, il y a plus de 25 ans, les voitures ont bien moins évolué que les mentalités. La vitesse, argumentaire de vente des années 70/80, s’est, peu à peu effacée, au profit d’autres valeurs comme la sécurité ou la pollution.

Aujourd’hui, l’automobile a le défaut de sacrifier parfois l’essentiel à l’insignifiant ou si vous préférez aux gadgets. Chaque époque a eu ses tendances et ses modes. Aujourd’hui, l’air du temps souffle autour des émissions de CO2 et de savoir si la voiture est bien connectée au monde extérieur pour lire ses mails et recevoir ses coups de téléphone. Certaines tendances répondent à d’indéniables progrès, exigences ou à des évolutions techniques majeures et d’autres à des gadgets et modes qui se démodent. J’ai connu le temps des Econoscopes, voyants qui s’allumaient dès qu’on accélérait un peu. C’était culpabilisateur. On les appelait déconoscopes dans la profession !

Esthétiquement réussie, l'Avantime souffrait d'une finition médiocre et d'un manque d'arguments sur le concept

Esthétiquement réussie, l’Avantime souffrait d’une finition médiocre et d’un manque d’arguments sur le concept

Du mieux et du moins bien

Quelle est la grosse différence entre une voiture des années 76 et celles d’aujourd’hui. La sécurité évidemment qui a énormément progressé autant la passive que l’active notamment grâce à l’électronique. Bien des vies ont été sauvées et c’est tant mieux. Le silence à bord, l’équipement et la robustesse ont aussi fabuleusement progressé et c’est bien. Tout n’est pas parfaitement arrivé. Les premiers ESP clignotaient méchamment dès qu’on prenait un virage trop rapidement, certaines évolutions étaient encore perfectibles comme le premier l’drive chez BMW, gros bouton rotatif central qui remplaçait toutes les commandes. Compliqué au début ! Il fallait encore compter de longues minutes en conduisant pour arriver à entrer dans le mode chauffage pour le baisser. Une fois, mon coéquipier est moi, nous n’avons jamais réussi à baisser la clim. Idem pour les premiers anti-patinages encore mécaniques qui bouffaient les plaquettes de frein à la vitesse de la lumière.

20 ans après, le coupé Peugeot 406 reste d'une magnifique pureté à comparer avec une 207 des années 2010

20 ans après, le coupé Peugeot 406 reste d’une magnifique pureté à comparer avec une 207 des années 2010

En revanche, qu’est ce qui a régressé ? La visibilité assurément. A cause des gros montants imposés par les normes de sécurité et l’inclinaison accrue des surfaces vitrées, on y voit de plus en plus mal dans nos voitures. Malgré la multiplication des radars, ce n’est pas facile de manœuvrer. Lors de l’essai de voitures des sixties (6eme partie) je suis étonné par leur visibilité par comparaison à celle d’aujourd’hui.

Le style néo-rétro du PT Cruser était innovant. Un type m'a barré la route pour mieux l'observer de près

Le style néo-rétro du PT Cruser était innovant. Un type m’a barré la route pour mieux l’observer de près

En revanche, le plaisir de conduite n’a pas beaucoup progressé contrairement à ce que l’on imagine. Elle aurait même parfois régressé. Une Renault 5 pesait moins de 800 kilos, une Clio aujourd’hui en pèse plus de 1100. Vous avez compris. Malgré une puissance accrue, une direction assistée, la Clio 2016 est bien moins alerte et pétillante que son aînée de 1976. On prenait davantage de plaisir avant mais le prix à payer était plus élevé en cas de sortie de route…..

l'Audi A6 de cette génération m'avait plus séduit que les suivantes moins racées à mon goût

l’Audi A6 de cette génération m’avait plus séduit que les suivantes moins racées à mon goût

Petit chef-d'œuvre esthétique, l'Alfa Romeo 156 offrait une grande joie de conduite surtout en version V6

Petit chef-d’œuvre esthétique, l’Alfa Romeo 156 offrait une grande joie de conduite surtout en version V6

Les bonnes et mauvaises surprises

Parmi les bons moments de cette décennie gloutonne, relevons en vrac le superbe coupé 406 qui m’avait permis de discuter longuement avec Sergio Pininfarina. 20 ans après, elle reste d’une grande pureté. L’essai de la Viper GTS sur le grand circuit du Mans fut un moment inoubliable. Restons chez Chrysler avec le PT Cruiser dont le style néo-rétro étonnait les foules.

J’avais été séduit par la Rover-MG 75 qui était une sacrée bonne voiture, l’Alfa Romeo 156 aussi belle, qu’amusante à conduire et agréable à écouter en version V6. Jouissive la Honda S2000 dont le compte tours montait comme une fleur à 9000 tr/mn, excitante également l’Impreza GT WRX. Plus récemment, j’ai aussi beaucoup apprécié la Peugeot 208 qui distille un plaisir de conduite exceptionnel comme toutes les voitures du groupe PSA, Citroën comprises. J’apprécie l’Espace, les Volvo en général et les BMW en particulier qui ont une sensualité que n’offrent pas les Mercedes. Enfin, je reste sensible à la latinité des Fiat et des Alfa en général. Ce doit être par mes origines italiennes

Confortable et habitable, la Vel Satis choqua par ses formes gothiques

Confortable et habitable, la Vel Satis choqua par ses formes gothiques

J'ai traversé la place de la Concorde à 18 heures au volant de la Viper GTS. Tout le monde m'a laissé respectueusement passer !

J’ai traversé la place de la Concorde à 18 heures au volant de la Viper GTS. Tout le monde m’a laissé respectueusement passer !

Parmi celles qui m’avaient déçu, notons la Renault Avantime certes séduisante mais pas pratique et fleurant le bricolage ce qui ne l’empêchait pas d’être vendue le prix d’une Mercedes, la Ford K qui était très moche, la Jaguar X Type, Mondéo restylée, qui n’avait pas la grâce de la S et la Lancia Thésis qui méritait mieux que son esthétique baroque. Les Nissan n’avaient alors aucune personnalité comme toutes les Coréennes qui étaient d’abord des machines à rouler. Le confort de la Renault Vel Satis m’avait plus séduit que son esthétique. En disant à son responsable  » Que c’était une auto pour les gens qui n’aiment pas l’auto », j’avais immédiatement perçu que je ne m’étais pas fait un ami.

 Fascinante la Honda S2000 dont le moteur avait la sonorité d'une moto.

Fascinante la Honda S2000 dont le moteur avait la sonorité d’une moto.

Regrets eternels

On a relevé des disparations de marques durant ces 40 ans. La fin de Talbot-Simca, constructeur que j’aimais, m’a beaucoup ébranlé. En fin d’année, un livre que je viens de terminer, évoquera les plus belles Simca et le pourquoi du comment de la disparition de ce constructeur qui s’était hissé à la deuxième place des français ! Celle de Rover fut un coup de massue pour moi. Quelques semaines avant, lors d’une présentation de MG, on nous avait dévoilé quelques prototypes qui allaient sortir. On apprit plus tard qu’il y avait eu malversation et que l’argent a été détourné. La fin de Saab m’a beaucoup peiné. GM n’a pas su faire vivre cette marque qui, il faut le reconnaître, allait déjà mal à la fin des années 80. L’agonie de Lancia m’attriste beaucoup de nos jours.

La Rover 75 était très séduisante autant par sa ligne que sa finition

La Rover 75 était très séduisante autant par sa ligne que sa finition

Merveilleuse BMW Z3 M au magnifique rugissement de son 6 cylindres

Merveilleuse BMW Z3 M au magnifique rugissement de son 6 cylindres

Aujourd’hui l’âge est là, et tout le temps que j’avais devant moi, est derrière moi. La route se fait courte et l’écriture de livres (15 au compteur) m’occupe pas mal. J’essaie beaucoup moins de voitures. Combien en ai-je conduites ? Plus de 1500 certainement. Mais j’ai toujours plaisir à découvrir une et à parcourir un bout de chemin à son volant en mesurant la chance d’avoir fait ce métier que j’aime. Ce n’est pas si facile de rester un simple spectateur professionnel comme je me définis plutôt que journaliste automobile. La prochaine fois, si vous le souhaitez je vous raconte les 200 autos rétro essayées. Ce n’est pas la peine d’attacher votre ceinture de sécurité. Il n’y en avait pas !

40 ans d’essai automobile première partie ici

40 ans d’essai automobile deuxième partie ici

40 ans d’essai troisième partie ici

40 ans d’essai automobile quatrième partie

Excitantes les Subaru Impreza plus bourdonnantes que feulantes

Excitantes les Subaru Impreza plus bourdonnantes que feulantes

Décevante, la jaguar X-Type, une Mondeo de surcroit mal rhabillée

Décevante, la jaguar X-Type, une Mondeo de surcroit mal rhabillée

Comme toutes les voitures du groupe PSA, la 208 offre un véritable plaisir de conduire.

Comme toutes les voitures du groupe PSA, la 208 offre un véritable plaisir de conduire.

L’avis des Petits Observateurs !

18 commentaires au sujet de « 40 ans de journalisme automobile (5eme et dernière partie) »

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  1. yaros78

    Je retrouve cet article de Patrice Vergès (c’est le charme de POA de relire ou revoir des impressions ou des reportages avec un peu de distance…) que je trouve très juste: on ressent son amour de l’automobile, le recul que donne le temps et une carrière bien remplie, beaucoup d’observations très judicieuses sur la trajectoire de l’automobile en 40 ans et beaucoup de nostalgie (et aussi une bonne description du « glissement progressif du plaisir », qui reflète aussi le temps qui passe pour le commentateur): aujourd’hui, quand on est encore (pour combien de temps?) amoureux de l’automobile mais qu’on est dans la soixantaine, on se souvient -difficilement- de ce qui vous enthousiasmait à 20 ans, la vitesse, le bruit du moteur, l’impression que chaque déplacement était une sorte de course où l’on s’enorgueillissait du moindre dixième de seconde au km départ arrêté de son petit bolide grapillé sur le modèle comparable de la marque concurrente, c’était le temps aussi où les essais dans les journaux spécialisés étaient bourrés de chiffres, de mesure des temps sur le circuit de Montlhéry ou ailleurs, aujourd’hui, alors que les voitures n’ont jamais été aussi technologiques, les essais sont des impressions souvent superficielles fondées sur l’épaisseur des plastiques moussés ou un débat sur les avantages et inconvénients des molettes vs. les tablettes tactiles. J’appréhende le jour où l’automobile arrêtera de faire rêver les petits garçons, la fin des haricots sera proche…

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  2. Christian

    Ah, oui le coupé 406, c’est une bonne idée ! . j’adore cette voiture. Ce serait bien de faire le portrait de passionnés de coupé 406, surtout de la phase II

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  3. Ricky Bobby

    Ah! Le coupé 406.
    Comme dirait ma femme « Mon mari est Peugeot à mort ».
    Je vous fait grâce du passage en revue de mes Peugeot (je n’ai eu que ça), pour m’attarder sur mes 17 dernières années passées au volant de 4 Coupé 406 différents. Le dernier, de 2001 un V6 pack 210 cv, rouge écarlate / Cuir Alézan acquis en 2009 et qui totalise à ce jour 98000 kms,
    Pour ses 15 ans, je lui ait offert une peinture, pour lui signifier qu’il restera mien jusqu’au bout, je le jure !
    J’ai rarement eu des électrochocs en voyant une voiture, mais ce coupé, j’ai tout de suite su qu’il serait mien un jour. Quel soulagement en découvrant que le rêve pourrait devenir réalité en entrevoyant sur son capot un lion paradant plutôt qu’un cheval cabré.
    Bref, croyait moi, un rouge écarlate ça fait encore tourner les têtes !
    Coté conduite rien à redire sauf un esp trop sensible.
    Coté confort, ma femme vient de découvrir qu’a l’arrière on est presque mieux qu’a l’avant, il était temps !!

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    1. Henri.

      Bravo ! Je vous rejoins totalement ! La Peugeot 406 coupé sublimait le design racé et élégant de Pininfarina. Une classe folle !

  4. PIAT Georges

    Les voitures ont évolué avec la société et ses tendances. Ce qui doit être difficile, c’est d’anticiper les nouveaux dessins en essayant de se planter au minium vu les coûts engagés.
    En attendant, merci pour cette passion pour l’automobile, cela donne des articles franchement très agréables à lire.

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  5. Serge

    J’ai roulé 3 ans en 406 coupé dont j’adorais la ligne. Vous avez 100 fois raison, elle est d’une beauté intemporelle. j’ai remarqué que vous ne citiez aucune Opel. Connaissant votre amour pour la marque, j’imagine qu’il doit s’agir d’un oubli. Vos souvenirs des voitures rétro devraient être intéressants. A vous lire avec un grand plaisir

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  6. Christophe BONNIN

    « tout le temps que j’avais devant moi, est derrière moi »

    Cherchez bien… Il doit bien vous rester encore quelques instants devant vous à partager avec nous. Nous serons tous tellement triste le jour où votre phrase sera définitive. On vous aimes.

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  7. Antoine FRANC

    Ah l’Avantime, the voiture qui a hanté mes nuits puis j’ai fini par en acheter un puis 2 puis 3 puis…
    Et bien 15 ans apres, c’est ma fois un concept car (8500 exemplaires) qui vieillit plutôt bien si il est bien entretenu, les portes ne tombent pas, il reste étanche et aucun constructeur n’a osé recopier le concept.
    Ça reste, comme son nom si bien porté, un crossover avant l’heure (monospace coupé)
    Regardez aujourd’hui le nombre de bagnoles avec carrosserie biton et qui mélangent les genres.
    Vous en connaissez beaucoup des voitures dont les propriétaires encore de nos jours, sont souvent interrogés par des quidam qui leur demandent: c’est la nouvelle Renault elle sort quand ?
    L’Avantime 15 ans apres surprend toujours.
    A Patrice et tout le gouvernement, quand vous voulez pour vous faire redécouvrir cet engin formidable qu’est l’avantime avec notre association
    http://www.amicale-avantime.com

    Et je suis 100% objectif, si si.

    Le coupé 406 est aussi un chef d’œuvre qui pour les exemplaires n’ayant pas été tuné à outrance prendront une belle place dans la collection.

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  8. JM Manusardi

    Cher Patrice,
    de mémoire, je crois que le PT Cruiser était très très mal noté aux tests EuroNCAP… il était en plus assez tocard en termes de finition et sans intérêt dynamique. D’accord pour partager ton émotion esthétique sur la 156. Quant à la Vieille Ça Plisse, j’ai toujours eu le sentiment d’une Vaillante dessinée par un Jean Graton à 3 grammes !
    à bientôt,
    JM

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  9. Dubby Tatiff

    A propos de Rover, la P6 est une de mes voitures préférées. Vraiment !

    Jamais conduite, malheureusement. Je me contente de l’apprécier en statique.

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  10. Dominique

    Quelle chance vous avez de faire ce métier qui me fait rêver. C’est aussi formidable que vous puissiez toujours le faire et même écrire des livres dessus. Comment vous est venue l’idée de le faire ?

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  11. guy

    une des mes connaissances professionnelles avait acheté une X-TYPE neuve, dont il cassa (bien involontairement sans doute) le moteur à 492 km.
    La plaisanterie était ensuite très simple : quelle est l’autonomie d’une X-type ?
    réponse : 492 km pas plus !

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  12. guy

    le jour où j’ai dit à un « copain » de club cycliste que sa VEL SATIS dont il nous rebattait sans cesse les oreilles avait un profil de fer à repasser à roulettes j’ai été définitivement débarrassé de sa conversation
    ouf !

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  13. olivier

    bon résumé,
    deux nuances : la x-type est belle, les psa offrent un plaisir de conduite, est-ce le cas pour la c6 et ses 2 tonnes ?

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    1. Dubby Tatiff

      Pas moche, mais un peu quelconque tout de même cette x-type par rapport à la XJ-the Queen. C’est cruel, mais ça me fait penser à ces actrices de cinéma absolument sublimes dont les enfants sont tout simplement « normaux » ! :))

      En revanche, la s-type de la même époque et censée évoquer la Mark II, était … bref, n’en parlons plus 😉

      Le PT avait frappé favorablement les esprits – dont le mien – mais on s’en était vite lassé une fois l’effet de surprise passé et il n’a pas eu de descendance.

      A l’inverse, effectivement, du Coupé 406 et de l’Alfa 156 qui traversent les années sans prendre de rides. on en croise encore de nos jours dans la circulation sans qu’elles choquent le moins du monde.

      Ca me fait penser – car j’aime les paradoxes – que d’ici 2020, beaucoup de ces voitures flirteront avec les 30 ans et seront éligibles à la carte grise collection. Une seconde jeunesse pour rouler à Paris à moindre coût ?

    2. Vincenzo213

      Justement je trouve que le Pt passe bien les années et que la X-Type était facilement l’une sinon la plus belle de sa catégorie comme quoi les gouts et les couleurs…