Matra Murena : l’occasion manquée

Par Patrice Vergès. Après avoir fait rêver autant par ses exploits en circuit que ses coupés sportifs, le nom de Matra est bien oublié aujourd’hui. La Murena fut la dernière voiture de la marque française à être produite sous son nom.

La Matra Murena ( M551) de Valérie date de 1982. Il s'agit d'une version 1,6 l

La Matra Murena ( M551) de Valérie date de 1982. Il s’agit d’une version 1,6 l

« Depuis sa sortie, la Murena m’avait toujours fait rêver » avoue Valérie. « Un jour en 1991, nous avons découvert une 1,6l de 1982 à vendre qui avait 129 000 kilomètres. 25 ans après, elle en totalise 155 000 et je prends toujours le même plaisir à la conduire ». La passion de la Matra Murena était si forte au sein du couple, que son époux Jacques a acquis, plus tard, une version S 142 chevaux encore plus rare (480 ex) et ils ont été des membres très actifs du club Matra Passion.

La pureté des formes en coin étonne par ce qui se fait aujourd'hui

La pureté des formes en coin étonne par ce qui se fait aujourd’hui

Les phares étaient occultables pour améliorer le Cx de 0,33

Les phares étaient occultables pour améliorer le Cx de 0,33

La Matra Murena a succédé fin 1980 à la Bagheera dont elle reprenait l’original concept des trois places de front. Mais si cette dernière a été un succès ( près de 50 000 ex), la Murena ne l’a pas été puisqu’elle n’a été produite que 4 ans à 10 680 exemplaires seulement. Les raisons sont nombreuses ; motorisations trop timides, évolution pas assez marquée, explosion du marché des GTI et fragilisation de Matra en train d’être nationalisé. La M72 qui devait marquer la renaissance de la marque, évoquée il y a quelques semaines dans POA, n’a pu se faire à cause de la mévente de l’Avantime.

Cette voiture reprenait le concept inauguré sur la Bagheera, des 3 sièges. Sur la Murena, le dossier du siège central se baissait

Cette voiture reprenait le concept inauguré sur la Bagheera, des 3 sièges. Sur la Murena, le dossier du siège central se baissait

Motorisations inadaptées

La Matra Murena pouvait être mue par deux mécaniques au choix d’origine Simca Talbot dont ce coupé en composite empruntait un maximum d’éléments notamment sa suspension avant à barres de torsion d’origine 1510. On reprochait à la 1,6 l de 90 ch (moteur de 1308/1510) de manquer un peu de vélocité par rapport à sa silhouette évocatrice de vitesse. Comme le bloc 110 ch Douvrain en aluminium commun aux 4 marques françaises lui avait été refusé par Renault, de peur qu’elle concurrence sa Fuego, les ingénieurs de Vélizy avaient été contraints de le remplacer par le gros moteur de 2,2 l de la Tagora. Certes, plus puissant avec 110 chevaux mais peu sportif dans son attitude. La version S 142 chevaux lancée en 1983, lui donna enfin des performances dignes (210 km/h). Mais c’était trop tard !

La Murena a été dessinée par Antoine Volanis qui s'occupait du style chez Matra

La Murena a été dessinée par Antoine Volanis qui s’occupait du style chez Matra

Deux noms disparus qui s'étaient associés pour le meilleur.. et pour le pire. Matra et Talbot

Deux noms disparus qui s’étaient associés pour le meilleur.. et pour le pire. Matra et Talbot

Une énorme valeur…. sentimentale

Les Matra de Valérie et de Jacques (vendue depuis) ont été entièrement refaites car l’assemblage des Matra n’étaient pas ce qu’elles avaient de meilleur. Valérie en a profité pour me faire faire un petit galop dans sa voiture en excellent état où il n’y a, c’est remarquable, aucun bruit ne parasite l’habitacle.

Remarquez le petit volant avec méplat pour offrir davantage de place aux genoux.

Remarquez le petit volant avec méplat pour offrir davantage de place aux genoux.

Le petit 1,6 chante fort dans le dos au sein du curieux cockpit de ce petit coupé où le siège central nous sépare. J’avais beaucoup roulé en Murena il y bien longtemps et les souvenirs me reviennent à la mémoire autant visuelle avec une visibilité médiocre, aux oreilles et aussi au nez avec cette indescriptible cocktail odorant de polyester, d’huile et d’essence qu’on retrouve aussi sur les Alpine. Valérie qui manie bien le petit volant, me prouve que la Murena était ventousée au sol.  » C’est un vrai kart », explique-t-elle. Son confort reste surprenant pour une voiture sportive et la façon dont elle absorbe goulûment les chapeaux de gendarme, est presque jouissive. La Murena a de sacrés beaux restes et fait regretter qu’elle soit sortie trop tard dans un marché en chute libre.

L'instrumentation de la Murena était spécifique à ce modèle.

L’instrumentation de la Murena était spécifique à ce modèle.

« On la gardera car les Murena ne sont pas des voitures avec lesquelles, on spécule » explique Valérie. Leur valeur ne dépasse pas 5 à 10 000 euros selon le modèle. Mais elle a une bien plus grande valeur sentimentale à nos yeux « . On la comprend.

Jacques Rousset a possédé une rare version S dont le 2,2 litres était poussé à 142 chevaux grâce à une alimentation bien plus genreuse

Jacques Rousset a possédé une rare version S dont le 2,2 litres était poussé à 142 chevaux grâce à une alimentation bien plus genreuse

 

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17 commentaires au sujet de « Matra Murena : l’occasion manquée »

  1. PERROUIN

    nostalgie! Moi qui en avait une de 1,6l blanche mais avec l’aileron noir arriere! que de super souvenirs! Helas le barbecue est passé par là un soir d’été et 168 au lieu de 100 ça a fait très mal! UN AN de suspension de permis 9600 fr d’amende! et interdiction pendant 3ans du tribunal de posseder un vehicule de + de 5cv!! DEPUIS l’eau a coulée sous les ponts et les barbecues sont devenus indeetectables et j’ai encore morflé mais la passionr este intacte ! alors je cherche à acquerir de nouveau UNE MURENA ! avis aux bonnes affaires! Je suis preneur! BLANCHE de preference mais surtout en BON ETAT§ je suis pas mécanoooooo! BRAVO pour votre site! J’adore le lire! et regarder cette belle voiture!

  2. Patrice Vergès

    Je ne connaissais pas le site Matra d’André Dewael ni les livres qu’il a écrit sur la marque Matra publiés chez ETAI. On ne peut en conseiller que la lecture, évidemment, à tous les passionnés de cette marque dont la fin m’a attristé. Ayant suivi de prés la naissance de la M72, j’espérais revoir renaître le nom Matra qui m’avait fait tant rêver lorsque j’étais jeune.

  3. Serge

    Merci. la Murena était une voiture de rêve quand j’étais jeune. Je regrette que la marque Matra n’existe plus. On ne peut pas imaginer ce qu’elle représentait dans les années 70/80

  4. kris

    La Murena !! J’étais encore à l’école primaire et l’un des élèves de la classe dont le père était profession libérale venait le chercher à la sortie de l’école avec une Murena blanche !! Dans un village de Normandie près de Caen de quelques milliers d’âmes, cela provoquait bon nombre de discussions !! Quelle voiture quand même…

  5. Henri Bourjade

    Adolescent, j’étais monté dans une Bagheera. La Murena est vraiment intéressante en collection : Châssis qui ne rouille pas, mécanique robuste, c’est l’essentiel, avec en plus le fait que c’est une voiture vraiment différente, à la fois confortable et originale, le tout sans que le prix d’achat monte en flèche. Pour le moment j’en cherche une tranquillement.
    Merci pour ce reportage intéressant.

  6. Piat Georges

    Une petite merveille cette voiture. Ce concept à 3 places me plaisait beaucoup. Le moteur en place centrale et transversale ne devait pas faciliter son accès mais qu’importe ! Pour ma part, j’avais pu essayer la Bagheera, cela m’avais enchanté.
    Merci à Patrice.

    1. Dubby Tatiff

      Philippe Guédon, le patron de Matra, racontait que les mécaniciens des concessions Simca avaient une soudaine envie d’aller aux toilettes lorsque entrait en atelier une Bagheera !
      Afin d’éviter de se la faire refiler par le chef d’atelier et d’avoir à se plonger sous le capot moteur et son compartiment bien peu accessible, parait-il.

    2. PIAT Georges

      J’aime beaucoup ton anecdote !
      Je me souviens, la trappe d’accès était toute petite et recouverte de moquette assortie au reste. Il fallait passer par dessus le coffre à bagages pour y accéder… Tout à fait dans le genre Fiat X1/9 !

  7. André DEWAEL

    « Valérie qui manie bien le petit volant, me prouve que la Murena était ventousée au sol. » C’est un vrai kart », explique-t-elle. Son confort reste surprenant pour une voiture sportive et la façon dont elle absorbe goulûment les chapeaux de gendarme, est presque jouissive. La Murena a de sacrés beaux restes et fait regretter qu’elle soit sortie trop tard dans un marché en chute libre. » Je partage totalement cette appréciation et si vous désirez mieux faire connaissance avec les Murena, suivez ce lien : http://matradoc.free.fr/accueil.htm

  8. Eric

    J’ai possédé une Matra Bagheera dans les années 80 et je rêvais d’une Murena, évidemment. Surtout la version S avec 142 ch qui était une véritable sportive. Mais une future naissance m’obligea à vendre la Bagheera et je n’eu jamais de Murena. et j’en rêve encore

  9. damien

    Bonsoir
    Je constate une fois de plus que le département du Puy de Dôme est un creuset d’amateurs éclairés et que l’inspecteur Vergès est maître dans l’art de dégoter des pépites.
    Ce regard nous éclaire sur le destin brisé de Matra et de tant d’autres (une pensée pour Panhard).
    Cette Murena était forcément imparfaite, mais quelle gueule quand même !! Et autre grande qualité…son prix : pas spéculative donc uniquement pour le plaisir gratuit, le seul vrai.

  10. Alain

    C’est fou comme j’ai pu aimer cette voiture quand j’étais plus jeune. Un des mes voisins en avait une et je l’entendais démarrer le matin. ( Je crois que c’était une2,2 l). Je n’ai jamais osé lui demander de faire un petit tour avec lui. Sa planche de bord me fascinait. Un beau souvenir.

  11. Dubby Tatiff

    Dans mon souvenir, je la trouvais bien jolie cette Murena à l’époque. Et l’effet perdure en la revoyant de nouveau. Les roues ne remplissent pas bien les arches ; c’est ce qui me choque visuellement compte tenu de nos habitudes actuelles en matière de design. En ce qui concerne celle de la photo, j’avoue avoir toujours eu une attirance pour les voitures avec peintures bi-ton. Ça ne va pas à toutes les lignes. Ça convient bien à la Murena.
    Toujours dans mon souvenir d’ado à cette époque, le soucis de cette Murena était un problème de légitimité : elle avait le plumage sans avoir le ramage ; ce qui déteignait de manière peu flatteuse sur l’image de ses propriétaires.

  12. Dubby Tatiff

    L’arrivée des GTI a bouleversé le modèles de vente de tout ces constructeurs de petites sportives. En Angleterre ça a été l’hécatombe. Les Triumph, MG, etc… déjà fragiles, ont été achevées.