Souvenirs d’autos (3) : La Jaguar XJ12 de Thierry Le Luron

Je m’appelle Thibaut, je suis né en 1959. Mon enfance se déroule donc dans les années 60 et mon adolescence dans les années 70. Il se trouve que j’ai toujours adoré les automobiles. Sans doute parce que j’aime l’idée de liberté. On monte dans sa voiture, on démarre, on s’en va ailleurs. Là où il fait beau, au bord de la mer, à la campagne… peu importe. De temps en temps, je repense à des histoires d’enfance, d’adolescence, de jeunesse et j’ai décidé de livrer à P.O.A

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Nous sommes en 1976, l’été de la sécheresse. Je vis désormais avec mon père dans son appartement de la rue Pérignon, près l’Unesco. Nous avons chacun notre Solex. Mais la chaleur est vraiment accablante à Paris, alors mon père téléphone à son ami Yvan Audouard pour voir si on pourrait venir un peu squatter dans le midi… Audouard nous propose de le rejoindre (près de Arles) où il possède un « cabanon de vacances » à Fontvieille, petit village connu pour le fameux moulin d’Alphonse Daudet.

fontvieille

 Nous embarquons les Solex dans le train de nuit et nous voilà dès le lendemain matin à Arles. Dix kilomètres plus loin, nous entrons en Solex dans Fontvieille. Ça sent bon les Provence… Le cabanon est un vrai petit paradis, un peu à l’extérieur de Fontvieille. Il a été bâti dans une ancienne carrière de pierre, une piscine a été creusée… Tout est parfait. Des nombreux hamacs sont accrochés entre les arbres. Yvan, écrivain, journaliste au Canard-Enchaîné, méridional truculent, m’explique en cuisinant des pieds paquets qu’avec tous ces hamacs ont peut « tourner avec l’ombre pendant la sieste ! » Les vacances se déroulent au rythme des baignades, des repas pantagruéliques, des apéros sans fin, du Tour de France qu’on suit dans l’Équipe et à la radio. C’est le dernier Tour pour Poulidor. Il termine 3e.

Yvan adore son village de Fontvieille. Tous les ans, il organise un gala de charité qui rapporte de l’argent à l’Association des Anciens. Cette année-là il y aura Franck Fernandel en première partie et Thierry Le Luron en vedette. Tout le monde dans le village participe à l’événement. L’instituteur installe les chaises dans les arènes pour le public, le marchand de journaux prête sa 4L avec un haut-parleur sur le toit pour faire de la publicité dans les villages voisins… Ben oui, il faut remplir les arènes. Elles ne sont pas si petites. Le jour J arrive enfin. Mon père et moi sommes engagés comme « ouvreuses ». Nous plaçons les spectateurs dans les gradins ou sur les chaises. Le spectacle commence enfin. Fernandel chante des chansons d’inspirations américaines qui lui vont bien. Il est charmant. Après l’entracte Le Luron démarre son show. C’est vif, drôle, irrévérencieux. J’adore.

Après le spectacle Yvan a prévu un buffet chez lui pour les artistes, les musiciens, les techniciens… et tous les bénévoles qui ont donné un coup de main.

Moi, je suis chargé d’attendre dans les coulisses que Thierry Le Luron se démaquille. Ensuite, je dois monter dans sa voiture pour lui montrer le chemin pour rejoindre le cabanon. Il est prêt, nous partons dans la ruelle et là je vois l’auto. Une Jaguar XJ12, 2e série, bleu marine, intérieur beige clair. La voiture de mes rêves, la voiture qui me semble être la plus belle du monde, la voiture que je suis allé admirer au Salon de l’Auto…

JAG.

Thierry me fait signe de monter à l’avant. Il s’installe au volant. Je lui désigne la rue principale de Fontvieille en disant :

–       C’est par là !

Je n’ai pas fini ma phrase que Thierry a écrasé l’accélérateur. Les 12 cylindres rugissent et ils propulsent la Jaguar à 100 km/heure dans Fontvieille… J’adore cette puissante, j’adore le bruit du moteur, je ne me suis jamais aussi bien senti dans une voiture. Le tableau de bord en bois de rose, les compteurs parfaitement éclairés, le levier de la boite auto très fin. Tout est si beau. Si délicieusement luxueux.

–       À droite, le chemin de terre !

La encore, Thierry lance la Jaguar dans le chemin de terre à toute vitesse. Son style de conduite me plaît. Sa voiture, je la trouve sublime. Je veux la même, de la même couleur… Je suis conquis.

Il faudra que j’attende 2013 pour m’offrir une XJ6 bleu marine, intérieur cuir beige (le modèle X300 pour les spécialistes). Ce n’est pas celle de Thierry Le Luron, mais elle lui ressemble et c’est une auto que j’apprécie énormément… en souvenir de cette traversée de Fontvieille en 1976 qui n’a duré que deux ou trois minutes…

Retrouvez les 37 souvenirs d’autos de Thibault Chatel

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8 commentaires au sujet de « Souvenirs d’autos (3) : La Jaguar XJ12 de Thierry Le Luron »

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  1. Vivet

    Très très beau reportage éxellent même mais.d’après la première photo il s’agit d’une série 3 et non 2 regarder bien les par chocs sinon continuer se que vous faites c’est merveilleux

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  2. Philippe Calemard

    Emu, je suis, également, cependant…
    j’ai eu pendant 10 ans une XJ 12 série 2 bleu marine , achetée à un papi de Toulouse, il y a 20 ans, avec un moteur neuf. Je me suis bien régalé avec cette voiture, même dans ma vie professionnelle (machines spéciales), mais j’ai passé un invraisemblable nombre d’heures en mécanique et équipements pour la mettre en état correct. Et ceci, non pas à cause de l’usage précédent de la voiture, mais du fait de l’incroyable misère professionnelle des amis Anglais, dans les années 70. Impossible, dans ce message, d’énumérer…
    A noter que celle de Le Luron devait souffrir des mêmes faiblesses, inévitablement.
    Et il lui manque un détail de finition, dont j’étais par contre l’heureux bénéficiaire: un motif « carrosse doré » décorant remarquablement les portières AV.
    Comme on dit élégamment chez nous, on était bien jeunes, dans ces années-là.

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  3. amilhat jean-claude

    Jolie carte postale. La XJ12 n’est qu’un prétexte à évoquer un moment intense, avec des gens exceptionnels. Des parenthèses qui forgent les convictions et les désirs d’un adolescent. Bravo Thibaut pour cette histoire pleine d’émotion.

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  4. Adrien M

    Très sincèrement, un des plus beaux textes de POA. J’ai été ému, j’ai rêvé, j’ai souri.
    Je l’ai vue, votre maison aux 10 hamacs, votre fête au village, vos personnages truculents, le son du V12.
    Bravo !

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  5. JM Manusardi

    Vive la nostalgie, et bravo à tous ceux qui concrétisent leur rêve de gosse !
    … cela dit, laisser un gamin de 17 ans seul avec Le Luron, même 5 minutes, fallait oser !-))

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